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Des abonnés qui tiennent à leurs habitudes

TVA Nouvelles

Les compteurs intelligents installés par Hydro-Québec pour inciter les abonnés à réduire leur consommation d’électricité en périodes de pointe hivernales n’auraient pas produit les effets escomptés, selon ce qu’a pu constater TVA Nouvelles.

Voilà du moins ce qui se dégage du rapport préliminaire du projet-pilote Heure juste. Depuis 2008, 2200 famille de quatre villes du Québec (Val-d’Or, Trois-Rivières, Sept-Îles et Saint-Jean-sur-Richelieu) ont participé au projet tarifaire en acceptant que soit installé dans leur résidence un compteur intelligent, aussi connu sous le nom de smart meter.

Les compteurs intelligents ont permis aux abonnés de moduler leur consommation d’électricité en fonction des tarifs variables qu’Hydro-Québec leur proposait. Ainsi, les participants payaient un tarif variant en fonction de l’heure de la journée et de la saison. En période de pointe, la moitié des familles auraient ainsi vu leur tarif tripler.

«Avec le projet Heure juste, nous voulons vérifier l'hypothèse selon laquelle ce mode de tarification, déjà pratiqué dans plusieurs pays, encouragerait les clients à mieux répartir leur consommation d'électricité. Nous voulons également nous assurer que les tarifs proposés sont suffisamment avantageux du point de vue des clients résidentiels pour constituer une option attrayante», écrivait la société d’État au moment de l’annonce de son projet-pilote.

Les familles participantes ont-elles été tentées de déplacer leurs activités énergivores, comme la lessive et les douches, pendant les périodes creuses, soit de 22h à 6h et ainsi économiser sur leur facture mensuelle?

Après deux ans d’essai, les résultats ne seraient pas probants. «Ça veut dire environ 300 watts d'économie pour une maison moyenne, ce qui veut donc dire plus ou moins 30 dollars par année. Et pour la réduction de la pointe, ça représente environ 30 mégawatts», observe le porte-parole d’Hydro, Guy Litalien.

Pour les experts, les modulations tarifaires produisent des effets bien précis.

«Ce que ça fait, cette tarification-là, telle que ça a été expérimenté, c'est que ça augmente la consommation globale et ça diminue la pointe, fait remarquer le spécialiste en politiques énergétiques à HEC Montréal, Olivier Pineault. Si on a un problème de pointe et qu'on a des problèmes de surplus d'énergie, c'est une bonne manière de passer ses surplus, mais à faible prix. Et dans ce cas-là, c'est comme si on renonçait à exporter l'électricité.»

Alors que la société d’État songe à remplacer d’ici cinq ans les 3 600 000 anciens compteurs à cadran par la nouvelle génération de compteurs intelligents, une opération dont les coûts pourraient friser le milliard de dollars, plusieurs se questionnent sur les intentions réelles d’Hydro-Québec.

En dotant les foyers québécois de nouveaux compteurs capables de transmettre par micro-ondes les relevés de consommation, Hydro-Québec pourraient sabrer entre 650 et 700 postes.

«Dans un scénario un peu catastrophique pour les consommateurs, leur facture augmenterait parce qu'on mettrait des compteurs intelligents chez eux. Et Hydro-Québec, par ailleurs, ferait quelques économies au niveau du relevé des compteurs», ajoute le professeur Pineault.

Ce n’est pas avant le mois d’août que la direction d’Hydro-Québec déposera son rapport final sur son projet Heure juste et qu’elle fera connaître ses intentions pour la suite des choses.

(TVA Nouvelles)