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La vie difficile des personnes âgées

TVA Nouvelles

Une enquête de J.E. réalisée dans des résidences privées pour personnes âgées dresse un portrait sombre de la vie quotidienne de nos aînés.

Durant deux mois, une collaboratrice de l'émission, munie d'une caméra cachée, a visité des établissements privés à Montréal et en périphérie.

Premier triste constat : les résidents s'ennuient à mourir. En dehors des repas, la télévision est souvent leur seule distraction.

Dans un milieu où il y a un manque criant de personnel, notre collaboratrice, qui a offert ses services comme bénévole, a été accueillie à bras ouverts par des propriétaires prêts à l'embaucher sur le champ, sans vérification de ses références.

Pire encore, elle est entrée dans la presque la totalité des établissements avec une facilité déconcertante. À sa première visite comme bénévole dans une résidence de Longueuil, elle a obtenu le code d'accès d'une porte sécurisée. Son nom et son âge ont été les seules informations demandées par le propriétaire pour faire du bénévolat.

Malgré son absence de formation, des préposés et même des propriétaires de résidences n'ont pas hésité à solliciter son aide dès son arrivée. En plus des travaux ménagers, on lui a aussi demandé d'effectuer des tâches normalement réservées aux préposés.

Dans un autre établissement, le directeur a offert 20 $ à notre collaboratrice qu'il connaissait à peine, pour qu'elle conduise un résident à l'Hôpital St-Luc pour un examen médical.

«C'est inacceptable», a lancé d'emblée le directeur général de la Fédération des préposés aux bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin.

«Un bénévole n'est pas là pour donner des soins. Un bénévole est là pour participer à du temps de qualité auprès des patients», a déclaré M. Lemelin.

L'enquête révèle aussi que les employés manquent cruellement de temps en ce qui concerne l'hygiène personnelle. Dans certains établissements, les douches de cinq minutes sont la norme et pas plus d'une fois par semaine. Dans une résidence de Laval, la caméra a capté la toilette d'un résidant, qui s'est limité aux cheveux et aux aisselles.

Selon Michel Lemelin, cinq minutes sont nettement insuffisantes. «Ça soulève des questions. Quand je travaillais en CHSLD, une demi-heure c'était le minimum. Quand on donne une douche, ce n'est pas simplement laver la personne, ça comprend le shampoing, le nettoyage des ongles et des plaies.»

Dans une résidence de Montréal où vivent une vingtaine de patients, une préposée raconte qu'un homme est resté une fin de semaine entière dans sa chambre alors qu'il avait déféqué sur son plancher. Personne n'est venu nettoyer.

Un cuisinier a aussi décrit crûment le travail de préposé aux bénéficiaires. «Moi je vais te le dire : quand tu rentres, tu torches. Tu veux torcher pendant 8 heures, c'est toé là.»

Le Regroupement québécois des résidences pour ainés qui rassemble 600 propriétaires d'établissement ne s'inquiète pas outre mesure de la plupart des constats de l'enquête de J.E. La seule lacune qui mérite d'être corrigée selon le PDG du Regroupement, concerne la vérification des antécédents des employés et des bénévoles. «Je sais que certains de nos membres font affaire avec des agences qui vérifient les antécédents, d'autres sont en train de mettre en place des procédures», a expliqué Yves Desjardins. Il s'agit cependant d'une initiative des propriétaires et non pas du Regroupement.