/news/homepage

Le BIAXIN au banc des accusés

Jean-Luc Lavallée

La Cour supérieure autorise un recours collectif contre les Laboratoires Abbott, à Saint-Laurent, qui fabriquent le BIAXIN, un antibiotique commun, depuis la mise au jour d'effets secondaires graves ressentis par des patients n'ayant reçu aucune mise en garde.

Tous les résidents du Québec «ayant subi des dommages découlant des effets secondaires de troubles psychiatriques induits par le médicament BIAXIN (clarithromycine)» seront visés par ce recours, a statué la juge Suzanne Hardy-Lemieux, dont la décision a été acheminée aux parties hier.

La requérante est une femme de Québec, Angèle Brousseau, qui s'est automutilée au poignet en 2005, lors d'un épisode soudain de psychose découlant, selon elle, de la prise du BIAXIN, qu'on lui avait pourtant prescrit pour soigner... une pneumonie.

Hallucination

«Je voulais me faire un sandwich. J'ai pris ma main pour une tomate. C'est pour ça que je me suis fait tout le tour du poignet (avec un couteau)», avait-elle dit au Journal en 2008, lors d'une entrevue exclusive.

La dame dans la cinquantaine, une couturière qui travaillait chez Louis Garneau Sports avant l'accident, n'a jamais eu d'idées suicidaires. Elle affirme avoir été victime d'une hallucination. Un soudain décrochage de la réalité.

Son mari, le corequérant Jean-Claude Picard, avait raconté au Journal cette scène d'horreur imprévisible.

«Elle est passée à côté de moi. Je lui ai demandé comment ça allait. Elle a répondu : ça va bien. Je l'ai entendue brasser dans le tiroir à couteaux de la cuisine. Elle n'a même pas crié. Je l'ai entendue tomber par terre. Je suis allé voir... Il y avait du sang partout. Elle voulait reprendre le couteau pour continuer. Elle n'était pas là pantoute! C'était horrible!»

Mme Brousseau réclame 265 000 $ en dommages, alors que son mari, une victime par ricochet, exige un montant de 10 000 $. Le montant qui pourrait être versé aux autres membres du groupe devra être évalué sur une base individuelle en fonction de la gravité des dommages subis.

Une vingtaine de cas ?

Plus de 20 consommateurs de BIAXIN ont contacté l'avocat de Québec du cabinet Woods s.e.n.c.r. l., qui pilote le dossier depuis bientôt trois ans, afin de se joindre au recours collectif. Parmi eux, une jeune fille qu'on a dû interner quelques mois à la suite de la prise du BIAXIN.

«Il y a des cas de gravité différente. Il y a un autre homme qui s'était lancé à travers sa porte-fenêtre et s'est blessé avec la vitre qui était tombée par terre. Pourtant, c'est une personne qui n'avait aucun symptôme (de dépression ou de santé mentale)», a avancé Me David Bourgoin.

EFFETS SECONDAIRES DÉSAGRÉABLES

Le BIAXIN (clarithromycine) se vend sous forme de comprimés et granules pour suspension buvable pour enfants. Il s'agit d'un antibiotique de la famille des macrolides.

Utilisé pour traiter des infections respiratoires d'origine bactérienne (amygdalite, bronchite, sinusite, pneumonie, etc.) et de la peau (impétigo et cellulite).

Les effets secondaires le plus fréquemment signalés chez les adultes qui ont reçu BIAXIN ont été les nausées, la diarrhée, les douleurs abdominales, la dyspepsie, les céphalées, l'altération du goût et les vomissements.

La vente de BIAXIN a généré des ventes de près de 19 millions au Québec, en 2010.

293 032 ordonnances exécutées par les pharmacies communautaires du Québec en 2010. Il s'agit d'une baisse par rapport aux 332 673 ordonnances de 2009.

* Sources : Abbott Canada

(monographie du produit), IMS Brogan (Enquête canadienne)