/finance/homepage

Hydro prévoit un changement de tarification

TVA Nouvelles

Olivier Bourque
Argent

Même si Hydro-Québec assure publiquement qu'il n'est pas question de changer la facturation avec l'implantation des nouveaux compteurs « intelligents », la société d'État envisage toutefois de le faire, selon des documents internes dont Argent a obtenu copie.

Une journée après la sortie publique d'Hydro-Québec, la semaine dernière, pour rassurer les abonnés concernant les effets sur la santé des compteurs, la présidente d'Hydro-Québec Distribution, Isabelle Courville, a d'ailleurs écarté l'idée sans nuance.

«Il n'y a aucun changement prévu dans la tarification. On n'a aucun plan d'introduire des tarifs différenciés dans le temps», a assuré la dirigeante sur les ondes de 98,5 FM à l'animateur Paul Arcand qui souhaitait savoir si la facture des clients subira une augmentation.

Dans un document confidentiel, Hydro-Québec prévoit pourtant d'utiliser de nouvelles options comme la tarification différenciée dans le temps et la tarification avec période critique.

Dans le premier cas, il s'agit d'un tarif qui peut évoluer durant la journée (plus élevé durant certaines périodes de pointe), un peu comme cela se fait en Ontario, où le tarif le plus élevé est de 10,7 cents le kWh entre 11 h et 17 h. Il est un peu moins élevé entre 17 h et 19 h et encore plus bas durant la nuit. Une tarification avec une période critique pourrait évoluer selon les mois de l'année (plus cher en hiver).

Une facture qui augmente

Selon Jean-François Blain de l'Union des consommateurs, ce changement vers une nouvelle tarification aurait pour conséquence une augmentation de la facture des ménages.

«C'est seulement une minorité de clients qui pourraient voir leur facture diminuer. Pour la grande majorité des gens, pour les faibles revenus ou les petites familles, la facture va augmenter, affirme M. Blain. Imaginez les petites familles. Elles n'attendront pas les heures où les tarifs sont plus bas pour faire les repas.»

Une tarification en période critique ferait particulièrement mal aux ménages à faibles revenus. «Ce sont les locataires, ceux qui ont des logements parfois mal isolés qui devraient payer davantage», a-t-il souligné.

Pas de surprise

Plusieurs sources proches du dossier nous ont indiqué qu'elles étaient au courant du projet de la société d'État. «Nous savons très bien quelles sont les intentions à long terme chez Hydro-Québec», a indiqué un informateur digne de foi.

Le syndicat des employés de métier d'Hydro-Québec, qui est opposé au projet des compteurs intelligents, n'est pas non plus surpris par cette nouvelle.

«Dès que nous avons réalisé qu'Hydro-Québec n'atteindrait pas les économies escomptées avec ce projet et qu'elle y perdrait même de l'argent, tout en sacrifiant inutilement 1000 emplois, nous nous sommes doutés que la véritable raison du choix de ce type de compteur était l'implantation d'une tarification variable», a dit la présidente Ginette Paul.

La société d'État a reconnu plusieurs fois que les nouveaux compteurs intelligents pourraient permettre un changement de la tarification, mais en niant chaque fois que le projet «était dans les cartons».

Claude Garcia, l'un des principaux promoteurs de la privatisation d'Hydro-Québec, souhaiterait pour sa part que la société d'État aille de l'avant avec cette tarification différenciée dans la journée. «Il faut aller vers cela, a dit l'ancien patron de la société d'assurance Standard Life. Il faut que ces compteurs soient rentables. Et je pense que les gens vont faire davantage attention à leur consommation et que le marché va réagir. Vous savez, avec les économies réalisées, on pourrait faire davantage d'exportation et mieux utiliser nos actifs.»

Les ménages ontariens ont vu leur facture augmenter

L'Ontario a entamé la lecture de la consommation à distance depuis plusieurs années et l'impact s'est fait douloureusement sentir sur la facture.

L'Ontario a été la première province à mettre en place des tarifs différenciés dans le temps, une mesure rendue possible par le déploiement de 4,3 millions de compteurs intelligents par Hydro-One entre 2006 et 2011.

Selon le «Globe and Mail», plusieurs consommateurs se sont plaints à la fin de l'année 2010 que les tarifs dans les périodes plus calmes n'étaient pas suffisamment bas. Des clients d'Hydro-One ont vu leur facture grimper de 130 $, a rapporté le quotidien.

L'affaire avait même rebondi au parlement de Queen's Park où le premier ministre McGuinty avait été questionné sur la hausse des tarifs. Le nouveau parti démocratique (NPD) ontarien avait notamment publié des statistiques selon lesquelles 80 % des clients torontois utilisant des tarifs différenciés avaient vu leur facture grimper.

Selon d'autres chiffres compilés par des associations de consommateurs en Ontario, les factures d'électricité ont grimpé de 15 à 20 % en 2010.