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Une firme privée aurait utilisé la signature d'employés

Mélanie Colleu

Après des écoutes électroniques et de l'espionnage de courriels, une nébuleuse histoire d'usurpation d'identité vient maintenant s'ajouter à la liste des affaires troublantes qui ne cessent de secouer l'Hôtel de Ville de Montréal.

La chef de l'opposition officielle, Louise Harel, a en effet avancé jeudi que des employés d'une firme privée auraient rédigé des documents servant de référence aux élus lors de certains votes sur des octrois de contrat. Ils les auraient également signés, en utilisant le nom d'un employé municipal.

«Des représentants de la firme de génie-conseil Macogep, qui travaillent au sein même des bureaux de la Ville, ont rédigé des sommaires décisionnels en utilisant comme prête-noms ceux d'employés de la Direction stratégique des transactions immobilières», a-t-elle expliqué, dénonçant un sérieux manque d'éthique.

Victime de cette usurpation d'identité, un employé de la Ville aurait, selon Louise Harel, contacté le Syndicat des professionnels municipaux de Montréal afin de l'aviser de ces pratiques. Le syndicat reconnaît avoir été contacté par un fonctionnaire, mais nie avoir déposé un grief, comme l'indique Mme Harel.

«Une influence directe» dans l'octroi de contrats

D'après les investigations menées par Vision Montréal, au moins trois sommaires décisionnels seraient concernés. Il s'agirait de rapports traitant des contrats de construction et de réfection de trois arénas, dans les arrondissements de Villeray - Parc-Extension, de LaSalle et de Montréal-Nord. Des contrats qui s'élèvent à près de 4 millions $ chacun.

Pour l'équipe de Louise Harel, cette situation est d'autant plus inquiétante que l'entreprise Macogep a une influence directe dans l'octroi de contrats. «Elle est en charge de préparer les programmes techniques, les appels d'offres, et même les autorisations de dépassements des coûts», a souligné la chef de l'opposition officielle.

Depuis 2005, Macogep a été mandaté par l'administration Tremblay dans le cadre de contrats se chiffrant à plus de 840 millions $. Claude Léger, l'ancien directeur général de la Ville de Montréal congédié en 2009 à la suite du scandale des compteurs d'eau, fait partie de la haute direction de cette firme.

«Michel Nadeau était au courant»

Outrée face à de tels agissements, Mme Harel souhaite que le contrôleur général ouvre une enquête.

«Ça dépasse les bornes, a-t-elle affirmé. Je n'ai jamais vu ça. Et c'est aussi la première fois que je vois une administration demander à une firme privée de rédiger de tels documents!»

Louise Harel a dit ne pas s'imaginer une seconde que Michel Nadeau, le directeur des stratégies et transactions immobilières à la Ville de Montréal, ait pu ne pas être au courant. «Ça se passait dans ses bureaux », a-t-elle ajouté.

«Irresponsable et mensongère»

De leur côté, Macogep et l'administration du maire Tremblay ont qualifié la sortie de Louise Harel de « mensongère».

«Il est très insultant, pour une entreprise qui a bâti sa réputation depuis plus de 20 ans sur des principes de rigueur et d'intégrité, de se faire éclabousser injustement avec des mots tels ‘'stratagème'', ‘'mainmise'' et ‘'usurpation''. De toute évidence, les deux élues de Vision Montréal, mesdames Louise Harel et Chantal Rouleau, sont mal informées», a fait savoir le président fondateur de la firme de gestion Macogep, Louis Yves Lebeau, par voie de communiqué.

«Mme Harel ne comprend rien au fonctionnement de la Ville», a ajouté Darren Becker, porte-parole de la Ville de Montréal.

Le président du comité exécutif, Michael Applebaum, prévoit de tenir une conférence de presse vendredi matin afin de clarifier la situation.