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Sa fille a tenté d'obtenir des aveux

Éric Thibault

Au coeur d'une stratégie policière ultime mais déchirante, la fille de Diane Grégoire a tenté de faire craquer son père, Paul Laplante, en enregistrant le présumé meurtrier à son insu à l'aide d'un body-pack dissimulé sur elle.

Le Journal de Montréal a appris, de sources bien au fait du dossier, qu'Elizabeth Laplante a accepté d'aider activement la Sûreté du Québec à une étape cruciale d'une enquête qui durait depuis près de quatre ans.

Cette opération exceptionnelle a été orchestrée peu de temps après la découverte des ossements de la mère de famille de 51 ans, trouvés le 21 novembre dernier dans un secteur boisé à Coteau-du-Lac.

Avec un body-pack

Les policiers détenaient alors une série d'éléments de preuves circonstancielles aux dépens du camionneur de 54 ans, qui convoitait la fortune de sa femme, selon le mobile du crime établi par la SQ.

Il leur manquait toutefois la «meilleure preuve» à présenter devant le tribunal en l'absence de témoins oculaires du crime : des aveux ou encore des paroles incriminantes provenant de la bouche du suspect.

Jusque-là, les opérations d'écoute électronique menées par la police de Longueuil s'étaient avérées vaines. La SQ, qui n'a pas commenté nos informations, a pris le relais dès que les restes de la victime ont été trouvés sur son territoire, à Coteau-du-Lac, où le crime aurait été commis.

Dans une audacieuse, mais délicate stratégie de dernier recours, le corps policier s'est tourné vers les deux enfants de Paul Laplante et de Diane Grégoire, Francis et Elizabeth, dans l'espoir de faire parler le suspect.

Selon nos sources, c'est Elizabeth Laplante qui a accepté la mission peu commune d'essayer de soutirer des confidences de son père au sujet du meurtre de sa mère.

Les policiers ont installé un dispositif d'enregistrement numérique de type body-pack sur le corps de la jeune Montréalaise avant qu'elle aille confronter Paul Laplante.

Il n'a rien dit

Ce dernier n'a cependant rien dit qui aurait pu servir à étayer l'enquête policière. On ne saura jamais si l'ex-maire de Saint-Liboire avait flairé le piège, lui qui vivait alors isolé de ses enfants depuis déjà plusieurs mois. Il s'est pendu dans sa cellule à la prison de Rivière-des-Prairies, le 9 janvier.

Jointe à plusieurs re prises, Elizabeth Laplante -qui s'est fait voler les bijoux et le journal intime de sa mère par des cambrioleurs, le 31 janvier -n'a pas nié nos informations, mais s'est gardée de les commenter.

Rares précédents

Cette technique d'enquête singulière n'est pas sans rappeler l'implication de Nathalie Simard dans celle ayant permis la mise en accusation de Guy Cloutier pour agression sexuelle.

En mars 2004, l'ex-vedette de la chanson avait piégé son impresario dans la cuisine de la maison où elle habitait, dans la région de Granby. Des micros et des caméras avaient été dissimulés dans la pièce et des policiers, prêts à intervenir, s'étaient cachés dans un placard.

Guy Cloutier avait alors tenté d'acheter le silence de sa victime, tout en livrant des aveux incriminants, sans savoir qu'il était enregistré. Arrêté dans les jours suivants, il a plaidé coupable et a écopé 42 mois de pénitencier. Sans cet enregistrement, «il m'aurait détruite», avait ensuite confié Nathalie Simard.

Paul Laplante a été inculpé du meurtre prémédité de Diane Grégoire, le 13 décembre. Interrogé pendant six heures par les enquêteurs de la SQ, il est resté muet comme une carpe.

Chapeau!

«Je lui lève mon chapeau. Elle a plus de colonne vertébrale que bien des motards que je connais», a commenté un agent d'infiltration qui a mené de nombreuses opérations du genre.

Éric Nadeau a travaillé pendant 12 ans comme «taupe» au service des policiers de la GRC et de la Ville de Montréal pour infiltrer le crime organisé.

Des enregistrements avec body-pack faits à l'insu des Hells Angels et des Rock Machine, il en a réalisé des dizaines.

«C'est déjà dur d'aller confronter des bandits avec cet équipement et de garder son sang-froid, imaginez d'aller confronter son propre père, a-t-il fait valoir lors d'un entretien avec le Journal. Ç'a dû être tellement difficile pour elle. Juste d'accepter, ça démontre les sentiments qu'elle avait envers lui.»

Contrôler ses sueurs...

Enregistrer un suspect à son insu demande «du nerf» et un talent particulier pour «jouer un personnage», selon Eric Nadeau.

«T'as un enregistreur collé sur toi, t'as des mots clés à dire pour faire parler le sujet. Tu ne dois pas trop insister ou diriger la conversation. Il faut rester le plus au naturel possible et ne pas avoir peur. Le plus dur, c'est d'éviter que les sueurs te coulent dans le front.»

Sans s'en rendre compte, Eric Nadeau se souvient qu'il «ne parlait pas comme d'habitude» sur les premiers enregistrements de motards qu'il a réalisés. «J'ai parfois cru qu'ils le savaient», a-t-il dit.


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