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Le palmarès des dépassements de coûts

Véronique Prince

Plusieurs ingénieurs et entrepreneurs nous le confirment; presque tous les contrats du ministère des Transports (MTQ) se terminent par un dépassement de coûts, souvent de quelques dollars, mais quand c'est 10% plus cher que prévu, la sous-ministre doit l'autoriser.

Depuis trois ans, sur 7000 projets, les deux sous-ministres en fonction ont approuvé plus de 300 dépassements de coûts. Le total pour les contribuables: 178 millions de dollars. De plus, les noms de certaines entreprises reviennent plus souvent que d'autres dans les résultats obtenus à la suite d'une demande d'accès à l'information faite par le Parti québécois (PQ).

«Est-ce que les règles sont suffisamment sévères? Est-ce qu'au moment où on accorde le contrat à ces entreprises-là, il y a un suivi serré? Ou alors, est-ce que des gens profitent d'un certain laxisme dans le système?», se demande Nicolas Girard, le critique péquiste en matière de transports.

«Tous les coûts additionnels doivent être autorisés et justifiés. C'est ce que les gens doivent comprendre. On ne va pas en coûts additionnels sans avoir monté un dossier », rétorque Caroline Larose, porte-parole pour le ministère des Transports.

 

Des listes peu enviables

 

Au palmarès des dépassements de coûts les plus nombreux depuis 2008, on retrouve trois firmes de génie-conseil. Ces firmes ou les consortiums dont elles font partie comptent plusieurs réclamations.

En tête de liste: Génivar. En trois ans, elle a fait une trentaine de demandes, pour environ 12 millions de dollars en suppléments. En deuxième place: Dessau-Soprin. Pour 19 contrats, le MTQ lui a autorisé des extras totalisant près de 11 millions. Et en troisième position: CIMA+ avec 17 dépassements de coûts, une somme de plus de 17 millions de dollars. Ces firmes soutiennent que ces suppléments sont proportionnels au nombre de contrats qu'elles obtiennent.

«Il peut arriver que pour quelques contrats, il y ait des éléments imprévus, mais quand on parle d'une trentaine de contrats ou, dans d'autres cas, d'une quinzaine de contrats, ça commence à faire beaucoup d'extras», pense M. Girard.

Il y a également une autre liste: celle des plus gros dépassements de coûts depuis 2008. Le Groupe Stavibel y apparaît. Lui, ou le consortium dont il fait partie, comptent seulement trois dépassements, mais réunis, ces trois contrats d'ingénierie pour le MTQ ont coûté 168% plus cher que prévu.

Il y a aussi Teknika HBA. Si on fait la moyenne des trois projets pour lesquels il y a eu des suppléments alors qu'elle travaillait seule ou en consortium, cette firme de génie-conseil, a envoyé au MTQ, des factures 67% plus chères que ce qui était planifié. Ensuite, pour ce qui est du pont Honoré-Mercier, il y a quatre dépassements depuis 2008, au nom de Wayne Rice ou le Mohawk Bridge Consortium. En moyenne, les coûts des contrats ont explosé de 135%. Par exemple, dans un document obtenu par TVA Nouvelles, on apprend que la réparation d'une dalle, estimée à 400 000$, a finalement coûté 1,4 million de dollars.

«Quand les gens sont arrivés à la structure, ils se sont aperçus que l'état de dégradation était beaucoup plus avancé que prévu », justifie Mme Larose. «Le nombre de pièces à réparer avait doublé. On parle vraiment d'interventions en matière de sécurité et d'urgence.»

«On semble ne pas avoir les ressources pour évaluer si les demandes qui sont formulées pour des extras sont justifiées ou non. Le ministre doit fournir des explications à la population. Il doit cesser la banalisation des extras», ajoute le député de Gouin.

 

Impossible à planifier

 

Le MTQ, de son côté, estime que les contrats pour lesquels des suppléments ont été requis représentent moins de 1% de l'ensemble des travaux exécutés dans le cadre des cinq derniers exercices financiers.

Les entreprises qui ont rappelé TVA Nouvelles affirment que les dépassements de coûts sont l'initiative du ministère des Transports qui leur a demandé des travaux supplémentaires. Parmi les raisons du MTQ pour justifier ces extras: la protection de l'environnement, des imprévus liés à la météo, des problèmes ne pouvant pas être décelés plus tôt, et même des poursuites judiciaires... toutes des contraintes que le gouvernement, nous dit-on, peut difficilement prévoir.