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Des rescapés de guerres brisent le silence

Jean-François Villeneuve

Histoires de vie Montréal a permis à des survivants de guerres et de génocides de raconter leur histoire et de se libérer d'un lourd poids.

Ce projet d'un groupe de chercheurs de la métropole a été préparé pendant sept ans, à l'aide de 500 entretiens avec des Montréalais, issus de différents coins de la planète, déplacés par la guerre, le génocide et autres violations des droits de la personne.

Le projet est une initiative de Steven High, titulaire de la Chaire du Canada en histoire publique et professeur à l'Université Concordia.

«Il y a beaucoup de recherche sur les violences et les génocides, a-t-il dit. Mais nous avons abordé le thème d'une autre façon. On veut découvrir les significations qu'ont eues ces événements sur les gens qui les ont vécus.»

Des entrevues d'une durée de deux à vingt heures ont été nécessaires pour permettre aux rescapés de raconter des émotions souvent enfouies depuis longtemps.

«Le génocide continue dans la mémoire des gens, les absences persistent dans leur vie, a expliqué M. High. Pour Montréal, le Rwanda c'est loin dans le temps et en distance, mais on a des milliers de survivants qui sont ici et leur histoire, c'est rendu notre histoire à nous aussi.»

La Cambodgienne Nolsina Yim. Crédit photo: Agence QMI.

L'horreur du Cambodge

Membre du groupe de travail qui s'est penché sur l'histoire des Cambodgiens ayant vécu les massacres commis sous le régime de l'ancien dirigeant de la junte militaire Pol Pot, Nolsina Yim a elle-même perdu des proches à l'époque.

«J'ai vécu par procuration ces entrevues, a-t-elle dit. C'était un miroir, j'y voyais défiler les membres de ma famille, confie-t-elle, avec un trémolo dans la voix. Les entrevues étaient très dures. Comment arrêter quelqu'un quand il parle pour la première fois après 30 ans?»

Dans la deuxième moitié des années 1970, près de deux millions de Cambodgiens ont été tués, soit près du quart de la population.

«Les gens ne sont plus seulement des victimes, mais des témoins de l'histoire qui peuvent influencer leur communauté, a souligné Audrey Licop, du Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal. Avec ce projet, ils en ont appris sur eux et sur la force de leur propre histoire.»

Les entrevues récoltées par l'équipe de Steve High seront offertes sur plusieurs plateformes et particulièrement en ligne, sur le site web www.histoiresdeviemontreal.ca.

Des centaines d'affiches installées dans les voitures de métro dirigent de plus le grand public vers certaines histoires choisies.