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Loyauté ou censure?

Émilie Dubreuil

Dans la foulée du budget fédéral, deux syndicats d'employés de la fonction publique s'inquiètent des règles de conduite des fonctionnaires émises par le Conseil du Trésor qui limiteraient la liberté d'expression des employés de l'État.

Mercredi 4 avril. L'atmosphère à l'Office national du film du Canada est délétère. On vient d'annoncer une réduction du budget de près de 7 millions de dollars et la suppression de 70 postes.

Certains employés sont en colère contre le gouvernement Harper, mais ils se gardent bien de faire des commentaires dans les médias sociaux. Ils ont peur des représailles.

Il faut dire que la veille du budget, le Commissaire adjoint de l'ONF, Claude Joli-Cœur, envoyait à l'ensemble des employés un courrier électronique rappelant à leur bon souvenir les nouvelles règles sur l'utilisation des médias sociaux. Ces règles viennent du nouveau code de conduite des fonctionnaires et découragent l'expression d'opinions politiques sur Facebook ou Twitter. «Je voulais seulement leur rappeler d'être prudents en cette période très émotive chez nous» explique-t-il.

Louise Ferland dirige la section du Syndicat canadien de la fonction publique de l'ONF. Elle est très perplexe vis-à-vis de cette communication de la direction aux employés et s'interroge sur les principes mêmes du code de conduite. «Ça ressemble à une tentative de bâillonner nos membres. Nous avons demandé à nos avocats de préparer un avis juridique. On n'aime pas ça, car, de prime abord, cela constitue une atteinte à notre liberté d'expression.»

Pas si libre que ça ?

À l'Alliance de la fonction publique du Canada, on est encore plus sévère vis-à-vis du climat de censure qui semble régner sur la fonction publique fédérale.

Dans les derniers mois, de nombreux membres se sont plaints qu'on les décourageait, non seulement de s'exprimer sur les médias sociaux, mais aussi de prendre part à des manifestations ou de signer des pétitions.

«On est un pays libre, mais pas si libre que ça. Ces directives veulent-elles dire que quelqu'un qui travaille au bureau de chômage ne peut pas écrire un statut Facebook pour décrier l'achat des F-35 ? De toute façon, les menaces qui vont avec les directives tuent les velléités des gens dans l'œuf» dit Jérôme Turq, porte-parole de l'Alliance.

Nous avons demandé au Conseil du Trésor, de qui émanent ces nouvelles règles d'utilisation du 2.0, de préciser ces consignes.

La réponse du porte-parole, Pierre-Alain Bujold, est ambiguë : «L'obligation de ne pas critiquer le gouvernement du Canada n'est pas une valeur absolue et les fonctionnaires sont libres d'exprimer leurs opinions dans la mesure où l'expression de celles-ci n'a aucun effet sur leur aptitude à accomplir de manière efficace leurs fonctions.»