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Des compagnies se remplissent les poches avec les déchets du Québec

Denise Proulx

Les Québécois dépensent 1,3 milliard $ par année pour gérer les déchets qu'ils produisent en grande quantité. Ils ont jeté 13 millions de tonnes de déchets en 2008, une hausse de 56% en dix ans. Plus de la moitié, soit environ 6,7 millions de tonnes, est destinée à l'enfouissement.

Il s'agit d'une vraie mine d'or qui rapporte des millions de dollars annuellement à quatre grandes compagnies. C'est ce sujet qu'aborde le réalisateur Denis Blaquière dans son documentaire LA pouBELLE PROVINCE, produit par Argus Films, en salle dès vendredi à Montréal.

Cliquez sur l'image pour voir la bande-annonce du film LA pouBELLE PROVINCE

Le documentaire dénonce la facilité avec laquelle ces entreprises réussissent à mener leurs affaires à leur guise.

Les quatre maîtres québécois des déchets se partagent 80% du marché de l'enfouissement dans la province. Browning-Ferris Industries (BFI) est gestionnaire du site de Lachenaie, le plus grand lieu d'enfouissement sanitaire au Québec. Il possède un permis pour enfouir 1,3 million de tonnes de déchets annuellement.

Waste Management, une multinationale américaine basée à Houston, au Texas, - la plus grande au monde -, enfouit 1,7 million de tonnes par an dans les sites de Sainte-Sophie et de Saint-Nicéphore.

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) vient de terminer des audiences publiques pour une demande d'agrandissement du site de Saint-Nicéphore, dans le Centre-du-Québec. Il pourrait accueillir 12 millions de tonnes au cours des 20 prochaines années.

Entreprise Berthier, une compagnie québécoise, est installée à Saint-Thomas-de-Joliette, dans Lanaudière, et brasse 0,7 million de tonnes par année.

Enfin, la Régie intermunicipale Argenteuil-Deux-Montagnes, propriété de quatre municipalités et de trois municipalités régionales de comté (MRC) de la Rive-Nord, a cédé la gestion de son site de Lachute à Gestion environnementale Nord-Sud, appartenant à la famille Rémillard. On y traite entre 500 000 à 800 000 tonnes de déchets annuellement.

Cheval de Troie

«En échange de tarifs peu chers à l'enfouissement et de redevances annuelles, les municipalités leur accordent des appuis, a expliqué le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard. C'est un véritable cheval de Troie, car le Ministère de l'Environnement tient compte de ces ententes pour analyser leurs demandes et céder à leurs attentes.»

Le coût de l'enfouissement des déchets au Québec est le plus faible en Amérique du Nord. Les municipalités paient en moyenne entre 30 $ à 50 $/tonne.

Le réalisateur Denis Blaquière déplore cette situation qui défavorise la mise en œuvre de la récupération et du recyclage et en augmente les coûts à environ 100 $ la tonne.

«On continue d'enfouir des tonnes de matières dont 80 % sont pourtant recyclables ou compostables, pendant que d'autres États génèrent des économies, voire des revenus d'une gestion plus durable, a-t-il dit. Il faut un changement de volonté politique», dit-il.

Chacune des projections de LA pouBELLE PROVINCE, les 18-19-20 et 21 mai, au Cinéma Excentris sera suivie d'une discussion avec le public, animée par le réalisateur et des invités spéciaux.