/finance/homepage

La souveraineté bénéfique économiquement?

TVA Nouvelles

(Photo: Reuters)

Jean-François Cloutier
Argent

Dépeint dans les médias anglophones comme l'enfant gâté de la fédération, le Québec pourrait paradoxalement profiter de l'indépendance pour améliorer sa situation financière. La clé réside dans l'élimination des nombreux « doublons » qui font gonfler la facture des services publics.

C'est ce qui se dégage du livre «Un gouvernement de trop», de Stéphane Gobeil, publié chez VLB éditeur.

L'auteur, ex-directeur du service de recherche du Bloc Québécois et conseiller au Cabinet de Pauline Marois, a effectué un travail de moine pour chiffrer les coûts du fédéralisme pour la nation québécoise, qui ont eu tendance à augmenter dans les dernières années, selon lui.

Contrairement à d'autres provinces, le Québec, qui a des prétentions autonomistes, paie un lourd tribut pour entretenir ses propres institutions, en parallèle des fédérales, affirme-t-il.

7,5 G$ d'économies à faire

C'est ainsi qu'il entretient, à ses propres frais, sa propre Agence du revenu, contrairement à l'Ontario. L'auteur évalue à 666 M$ le coût de ce dédoublement. Même chose pour les délégations du Québec à l'étranger, qui se trouvent parfois en concurrence avec les ambassades canadiennes. M. Gobeil soutient que Québec pourrait épargner 1,3 G$ en ayant son propre et seul ministère des Affaires étrangères et du commerce international.

L'élimination de certaines dépenses en Défense pourrait générer des économies annuelles de 1 G$ dans un Québec souverain, estime-t-il.

L'auteur ajoute que l'Ontario profite de façon disproportionnée de sa place centrale dans l'ensemble canadien.

Avec le gouvernement fédéral qui dépense de façon libérale, l'Ontario jouit d'une forme de stimulation économique automatique, même quand le gouvernement provincial se serre la ceinture.

Entre 1998 et 2010, les dépenses administratives fédérales ont explosé de 107%, pendant que le revenu moyen des familles n'augmentait que de 22%, remarque M. Gobeil. « Et cette progression s'est accentuée sous les conservateurs», dit-il.

L'auteur met en évidence que les dépenses en santé au Québec, censées être hors de contrôle, ont crû de 83% pendant cette période.

En tout et pour tout, l'élimination des doublons et de certains services jugés non essentiels pourrait générer des économies de 7,5 G$ dans un Québec souverain, ce qui suffirait à enrayer la fin des paiements de péréquation, calcule l'auteur.

Il signale que l'organisation économique du Canada témoigne d'une situation quasi-coloniale, dans laquelle une grande part des dépenses fédérales en biens et services sont réalisées en Ontario. Le Québec, à l'inverse, ne récolte que 11% de cette manne.

« En matière de transport et de finances, presque tout est concentré en Ontario. J'espère que la situation changerait dans un Québec souverain », a-t-il exprimé.

Trompe-l'œil

M. Gobeil affirme aussi qu'il existe un trompe-l'œil entre la soi-disant rigueur budgétaire d'Ottawa et l'incontinence fiscale décriée à Québec.

« Depuis que je suis à Québec, je vois la différence. Ici, il faut presque un rapport pour acheter un stylo. Là-bas, « money is no object ». C'est un problème structurel où les décisions d'Ottawa affectent les finances des provinces », a-t-il relaté.