/news/homepage

Dynamitage sur l'île d'Anticosti : ruée vers l'or noir

Charles Lecavalier

Les pétrolières préparent depuis quelques semaines de discrètes activités d'analyse sismique par dynamitage sur l'île d'Anticosti, sur la Côte-Nord, un joyau naturel reconnu pour ses activités de plein air, de chasse et de pêche.

Pourtant, aucun inspecteur du ministère de l'Environnement (MDDEP) n'a été envoyé sur place pour superviser les opérations, a déploré le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), qui a tenté à plusieurs reprises d'obtenir des informations à ce sujet, sans succès. «À notre avis, il n'y a pas d'inspection. Le MDDEP n'agit qu'en cas de plainte ou de catastrophe environnementale, a affirmé Lucie Martineau, présidente du SFPQ. Pourtant Anticosti est plus grande que Montréal, mais il y a plus de chevreuils que de personnes. Vous comprendrez que les animaux ne portent pas plainte.»

Le syndicat a contacté à plusieurs reprises le ministère au cours des derniers mois pour confirmer la présence, ou non, d'inspecteurs sur place. Devant l'absence de réponse, le SFPQ a écrit la semaine dernière une lettre adressée à la direction des relations de travail.

Dans cette lettre, on exige de connaître le nombre d'inspecteurs, «leur mandat, et, en cas d'urgence environnementale, "qui aura la responsabilité d'agir"». Encore une fois, aucune réponse du MDDEP.

Le 17 juillet, l'entreprise québécoise d'exploration gazière et pétrolière Junex avait annoncé avoir reçu toutes les approbations gouvernementales permettant l'acquisition de nouvelles données sismiques sur l'île d'Anticosti. Elle avait aussi «commencé à déboiser les layons sismiques» qui permettront de réaliser ce programme. L'analyse sismique consiste à faire un sautage de dynamite pour ensuite mesurer la vitesse de déplacement des ondes.

Selon le Syndicat de la fonction publique du Québec, Junex s'apprêterait même à construire une tranchée sur l'île. «Les phases subséquentes d'exploration prévoient une phase initiale de forage de multiples puits verticaux», écrit la pétrolière sur son site internet.

Le ministère conteste

Au ministère de l'Environnement, on rétorque qu'il est «tout à fait inexact» de dire qu'il n'y a pas de surveillance des activités d'exploration pétrolière. Il existe un programme systématique de fuite de gaz de schiste et de pétrole et un inspecteur devrait donc être sur place au moment des forages.

Par ailleurs, des inspections au moment des sondages par dynamite, qui pourraient débuter cette semaine, devraient avoir lieu. Un inspecteur va aussi être sur place mardi pour superviser les activités de déboisements.

Impossible toutefois de connaître la fréquence des visites. Il est aussi possible que les entreprises soient averties de la visite des fonctionnaires. «L'important n'est pas de les suivre à la trace, mais de les responsabiliser», affirme-t-on en substance.

De son côté, le ministère des Ressources naturelles (MNRF), qui a accordé le permis à Junex, a confirmé assurer un suivi à distance, se fiant aux rapports hebdomadaires de l'entreprise. «S'il reçoit une plainte, s'il a des indications que quelque chose ne va pas ou s'il constate un problème à la lecture du rapport, le MRNF peut se rendre sur le terrain», a indiqué le porte-parole du ministère dans un courriel.

Junex n'avait pas encore retourné les appels en fin de journée lundi.