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Gentilly 2, une fermeture néfaste

TVA Nouvelles

(Photo: Agence QMI)

Carl Renaud
Argent

La décision du gouvernement Marois de fermer la centrale nucléaire Gentilly 2 est précipitée et prématurée selon le syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui exige un débat public sur la question. L'organisation, qui représente les employés des installations de Bécancour, s'inquiète pour l'avenir économique de la région.

Comme les autorités locales, le SCFP estime que la fermeture va entraîner de lourdes conséquences pour les régions du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Gentilly 2 est un important employeur qui embauche près 800 personnes.

Ils touchent une rémunération annuelle qui varie de 42 000$ à 120 000$ selon le SCFP. Ces travailleurs, pour la plupart ingénieurs, techniciens, agents de métier et employés de bureau, vivent et consomment dans les municipalités situées en périphérie de la centrale Gentilly 2.

«La réfection garantissait à la région un investissement estimé à plus de 2G$. On parle de remplacer cet investissement par un fonds de 200 millions pour la diversification économique. Les communautés seront forcement affectées», a déclaré Ginette Paul, vice-présidente du SCFP-Québec.

Selon un rapport d'activité réalisé en 2009 par Hydro-Québec, Gentilly 2 a généré des retombées économiques directes d'environ 110 M$ par année au cours des dernières années dans le Centre-du-Québec et en Mauricie. Environ 80% en salaires et 20% en achats de biens et services. Des fournisseurs locaux profitent donc de la présence de la centrale.

«Elle génère 40 M$ par année de contrats pour nos PME», a dit à Argent Gaétane Désilets, mairesse de Bécancour, ajoutant que plusieurs commerces et restaurants souffriront aussi de cette disparition.

Si le gouvernement avait donné son aval à la réfection de la centrale, les retombées annuelles auraient pu atteindre 200 M$ par année pour le Centre-du-Québec et la Maurice. Dans l'ensemble de la province, les retombées se seraient chiffrées à 600 M$ annuellement. Une bonne décision

Pierre-Olivier Pineau, un spécialiste en énergie, croit que le gouvernement prend la bonne décision même si des centaines d'emplois bien rémunérés vont être sacrifiés. «Procéder à la réfection coûterait trop cher. Surtout que le Québec n'a pas besoin de cette énergie à court ou à long terme», a exprimé le professeur de HEC Montréal.

Le projet de réfection de la centrale, longtemps défendu par le gouvernement libéral, coûterait près de 3 G$ alors que sa fermeture et son déclassement nécessiteraient entre 1 G$ et 2 G$ selon des estimations.

Le bilan financier d'Hydro-Québec compte déjà une provision de 675 M$ destinée à un éventuel déclassement. La société d'État ne peut cependant pas préciser pour le moment quels seront les coûts d'une fermeture.

«Madame Marois vient de demander à Hydro d'évaluer le coût d'un déclassement», a expliqué Marie-Élaine Deveault, porte-parole de l'organisation.

La décision du Parti Québécois réjouit les environnementalistes qui éprouvaient des craintes en regard de la sécurité.

Q&R avec Claude Garcia, administrateur de société et auteur d'une étude sur Hydro-Québec

Est-ce que la fermeture de Gentilly 2 est une bonne idée?

«Tout à fait parce que Gentilly est la seule centrale nucléaire d'Hydro-Québec et que sa réfection va coûter au moins 3 G$. Ça veut dire que l'électricité qui y serait produite pendant 25 ou 30 ans reviendraient à 0,12$ le kwh alors que la moyenne est de 0,025$ pour le kwh dans la province. En plus, il y a des risques de dépassements de coûts. C'est ce qui est entrain de se produire avec la centrale de Point Lepreau au Nouveau-Brunswick où la réfection dure depuis plus de quatre ans. C'est une installation semblable qui utilise la même technologie»

Est-ce que nous avons besoin de la production de la centrale Gentilly 2?

«Pas vraiment. Elle génère seulement 2% de la production d'Hydro qui nage dans les surplus actuellement et que la production de la Romaine et de l'industrie éolienne sera bientôt disponible. En plus, l'exportation d'électricité aux États-Unis est moins payante qu'avant parce que les Américains exploitent maintenant leur gaz de schiste. Si on voulait vraiment conserver cette production, nous pourrions utiliser la centrale au gaz de Bécancour. Elle peut produire autant d'énergie que Gentilly 2 mais elle n'est pas utilisée en ce moment, ce qui coûte 150 M$ par an.»

Est-ce que Hydro-Québec pourra intégrer tous les employés de Gentilly 2?

«Les employés ont des postes permanents en vertu des conventions collectives. Difficile de dire s'ils auront tous un nouveau poste. Il y a quand même jusqu'à 1000 personnes qui prennent leur retraite chaque année chez Hydro-Québec. Plusieurs employés de Gentilly sont possiblement aussi près de la retraite car la centrale existe depuis longtemps»