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Autopsie des menaces d'un mafieux

TVA Nouvelles

Avec beaucoup de sang-froid, l'entrepreneur Martin Carrier a raconté jeudi devant la commission Charbonneau les menaces à glacer le sang dont il a fait l'objet dans le passé.

M. Carrier, président de Céramiques Lindo, une entreprise de la région de Québec, avait sommé en 2010 le gouvernement Charest de déclencher une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction, après avoir fait l'objet de menaces par un proche du clan Rizzuto.

Intimidation au cellulaire

Pour débuter, la commission a fait entendre l'enregistrement d'un appel téléphonique intimidant que l'homme a reçu, dans la matinée du 17 janvier 2004, sur son cellulaire.

Ce samedi-là, Martin Carrier allait reconduire sa fille «à son cours de guitare»; c'est d'ailleurs cette dernière qui a répondu au téléphone.

Par la suite, les mots de l'appelant, qui n'a pas donné son nom mais qui a été identifié plus tard comme étant Francesco Del Balso, ont laissé planer peu de doutes sur ses intentions.

L'inconnu a d'abord fait savoir à Martin Carrier qu'il ne voulait plus que l'entrepreneur fasse des travaux à Montréal.

«La prochaine fois, tu partiras pas d'icitte», lui a-t-il dit. «T'as été averti, c'est fini, OK. Merci bonjour.»

Sonné, M. Carrier «a pris quelques minutes pour réfléchir». «Pour moi, ça n'avait pas de bon sang», a-t-il déclaré, allergique à l'idée de se faire contrôler de la sorte. Il s'est enfin rendu au poste de police le plus près pour y déposer une plainte.


Francesco Bruno, tel qu'il a été identifé par la commission. (Crédit: TVA Nouvelles)

Francesco Bruno, un compétiteur

À cette époque, l'entrepreneur n'avait qu'un seul contrat dans la métropole, portant sur un pavillon de l'Université de Montréal.

Avant que ce contrat ne soit octroyé, soit vers octobre 2003, Francesco Bruno, président de BT Céramique, l'avait contacté pour lui demander de lui laisser le champ libre, ce que Carrier avait refusé, surpris de cette requête.

«Nous, on ne travaille pas comme ça. On va soumissionner. Si on l'a, c'est correct. Si on ne l'a pas, c'est correct. On va passer à une autre», a-t-il rétorqué à Francesco Bruno. Ce dernier n'a pas semblé satisfait de sa réponse.

Martin Carrier a obtenu le contrat le 14 janvier 2004. L'appel de Del Balso est survenu trois jours plus tard.


La carte reçue par Martin Carrier, déposée en preuve à la commission. (Crédit: TVA Nouvelles)

«C'est du sérieux»

Un enquêteur de la police de Lévis est entré en contact avec Martin Carrier, cinq jours après que ce dernier ait déposé sa plainte.

«C'est du sérieux», lui a indiqué l'agent à ce moment, lui apprenant par le fait même que la police de Montréal s'était aussi penchée sur le dossier.

Un peu «assommé», M. Carrier a confié s'être montré «plus sélectif dans le choix des soumissions» par la suite, «pour éviter que ça se reproduise».

Deuxième appel de Del Balso

Environ un mois après les événements, Martin Carrier a reçu un autre appel de Francesco Del Balso, très court. «T'as pas écouté, on t'avait averti, c'est fini», a-t-il laissé tomber.

Devant la commission, l'entrepreneur a déclaré avoir toujours pensé que ces appels avaient été commandés par son compétiteur, Francesco Bruno.

En 2006, un agent de la GRC est venu le rencontrer pour lui présenter un cartable de photos de gens liés à la mafia. Il lui a alors désigné une photo de Del Balso en lui expliquant qu'il était l'auteur des appels.

«Il m'a dit que c'était un des proches de M. Rizzuto», a ajouté M. Carrier.

Carte de condoléances

En février 2011, Martin Carrier a reçu une carte de condoléances à son bureau, «par courrier ordinaire».

«Il y avait une particularité: du côté gauche, on avait inscrit: ''Cher ami, si tu continues à soumissionner à Montréal, c'est le genre de carte qu'on va envoyer à ta famille''», s'est rappelé l'entrepreneur.

Les enquêteurs n'ont pas trouvé la trace d'empreintes digitales sur la carte.

L'intimidation a pris fin depuis, a rapporté Martin Carrier.

«Je vous félicite pour le courage exceptionnel dont vous faites preuve et j'encourage d'autres personnes à faire comme vous», a tenu à lui dire la juge France Charbonneau, au terme de sa visite.

L'enquêteur de la commission, Éric Vecchio, a pour sa part rencontré Del Balso en août dernier au pénitencier de Drummondville. Il confirme qu'il faisait ces menaces pour rendre service à Nick Rizzuto père. Pour le reste, le prisonnier a dit ne pas être au fait de ce qui se passait dans le monde de la construction.

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