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Les clés pas très bien cachées de Maxime Bernier

TVA Nouvelles

Maxime Bernier se fait à nouveau taxer d'avoir manqué de jugement. Cette fois, l'opposition lui reproche d'avoir candidement dévoilé à un reporter français où il cachait les clés de la voiture qu'il utilise pour ses fonctions officielles.

L'hiver dernier, l'équipe d'Un œil sur la planète de France 2 préparait un reportage sur l'austérité du gouvernement canadien où le ministre d'État à la Petite entreprise et au Tourisme y était en quelque sorte la vedette. La caméra le suivait dans la région d'Ottawa.

Le journaliste racontait alors que Maxime Bernier n'a ni chauffeur ni garde du corps afin de faire épargner de l'argent aux contribuables canadiens. Le Québécois conduit son propre véhicule pour se rendre au Parlement.

«Ne dis pas ma cachette à personne, je mets toujours mes clés ici», lance le ministre en aimantant ses clés sous l'aile avant de sa voiture. Puis, il part à l'aube jogger le sourire aux lèvres.

(Photo: TVA Nouvelles)

En voyant ces images, l'opposition a vertement critiqué le député conservateur de Beauce.

«C'est un manque de jugement. Le b.a.-ba de la sécurité est de ne pas laisser traîner ses clés un peu partout et de dire aux gens où l'on peut les trouver. Ce que je trouve bizarre, c'est que M. Harper persiste à faire confiance à cet homme-là pour faire partie de ceux qui dirigent le pays», tranche Alexandre Boulerice, porte-parole adjoint du NPD en matière d'éthique.

«Quand il est venu au monde, le jugement était en option?» renchérit Denis Coderre, député libéral de Bourassa.

En 2008, ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier avait dû quitter le cabinet conservateur après avoir oublié des documents gouvernementaux secrets chez son amoureuse de l'époque Julie Couillard.

(Photo: TVA Nouvelles)

Il s'est défendu ce matin d'avoir commis un impair. «Je ne transporte aucun document du gouvernement dans mon véhicule. Mon personnel et moi respectons toutes les directives du gouvernement du Canada en ce qui concerne la sécurité des documents »

Le bureau du premier ministre abonde dans le même sens et affirme ne pas voir de quoi fouetter un chat dans cette histoire.

Le geste du ministre étonne

Le comportement du ministre fédéral Maxime Bernier étonne les experts en sécurité.

L'ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Ray Boisvert, convient qu'il ne s'agit pas de la «meilleure pratique sécuritaire».

«Garder ses clés avec soi, bien sécuriser son auto, sa maison, son bureau sont quand même de meilleures approches de sécurité personnelle», indique-t-il.

L'expert se questionne à savoir si le ministre était sérieux ou s'il a plutôt voulu faire une «blague» lorsqu'il a révélé à la caméra qu'il cachait ses clés sur le pneu avant de sa voiture, durant son jogging matinal, avant d'entrer au Parlement.

M. Boisvert fait cependant remarquer qu'il s'agit d'un «choix personnel» de la part de M. Bernier, à qui, dit-il, revient la responsabilité de gérer sa propre sécurité.

«Une fois que la GRC a fait ses évaluations, ça revient toujours au bon jugement du ministre de décider s'il va entreprendre certaines mesures ou non quant à sa sécurité personnelle», explique-t-il.

Cette évaluation en sécurité peut aussi dépendre du profil du ministre et de son portefeuille, souligne l'expert.

Le policier de la Sûreté du Québec à la retraite Jean Racine, un ancien garde du corps des premiers ministres du Québec, se dit par ailleurs «bouche bée» devant le geste de M. Bernier. «Ça fait un peu surréaliste», dit-il.

«Je ne suis pas ministre, mais si je faisais cela, je m'attendrais à ce qu'à un moment donné ma voiture ne soit pas là où je l'ai laissée», poursuit-il.

Garde du corps pendant 28 ans des premiers ministres, de René Lévesque à Jean Charest, M. Racine note également que les ministres fédéraux ne sont pas systématiquement protégés par un garde du corps. Cette approche diffère de celle adoptée pour les ministres du gouvernement du Québec.

«Au provincial, il y a des agents de la paix qui sont des gens qui ont suivi des cours et qui protègent chacun des ministres de façon constante. Donc, c'est une différence avec les ministres canadiens», explique-t-il.