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Réunions bien arrosées à la CSST

TVA Nouvelles

Photo: Agence QMI

Geneviève Lajoie
Agence QMI

La CSST tente de mettre le couvercle sur des pratiques de cadres et de fonctionnaires qui se sont offert de multiples repas bien arrosés dans des restaurants de Québec. Parfois, les agapes duraient tout l'après-midi.

L'opération a nécessité le congédiement en 2012 du directeur des communications, François Houle, bien connu des cercles politiques de la capitale.

M. Houle a voulu contester son congédiement. La direction de la CSST a toutefois conclu une entente à l'amiable. Il n'y a donc aucune trace de ce dossier à la Commission de la fonction publique et, donc, rien d'accessible au public. Joint par courriel par le Journal, M. Houle a indiqué qu'il ne lui «est pas permis de faire quelque commentaire» à la suite de l'entente à l'amiable. M. Houle avait toutefois confié auparavant au Soleil être victime d'un règlement de comptes.

Selon des témoignages et des documents obtenus par le Journal, M. Houle a fait l'objet d'une enquête administrative, dont l'un des volets portait sur des frais somptuaires de repas. Une dizaine de fonctionnaires et de cadres de la CSST ont été interrogés. L'enquête a démontré que certains jours, plusieurs fonctionnaires étiraient leur dîner... parfois jusqu'au souper.

Réunions fictives

À la CSST, il était fréquent de tenir des réunions au restaurant. Le Charbon, Oh Pino, le Versa, l'Aviatic ou Sushi Enzo sont au nombre des restaurants qui figurent dans les documents reliés à l'enquête dont le Journal a obtenu copie.

Ainsi, lors d'une rencontre au restaurant Le Charbon, le vin coulait à flot, à tel point que les fonctionnaires ont été incapables de prendre leur véhicule après le repas. «Nous sommes restés au restaurant de 12h15 à 18 h environ. La conjointe de François nous a ramenés au bureau, car nous ne pouvions pas conduire», peut-on y lire. «François Houle créait des réunions fictives et mettait le nom d'employés qui n'étaient pas présents à des restaurants pour justifier des frais de représentation très élevés», nous a dit une source, qui a été interrogée par les enquêteurs de la CSST. «J'ai découvert qu'il y avait vraiment plusieurs endroits où il avait dit que j'étais là et je n'y étais pas», nous a confié une autre source.

Des sources qui ont demandé de garder l'anonymat ont précisé au Journal que l'enquête portait aussi sur les pratiques d'attribution des contrats de communications à la CSST. Les appels d'offres ne se faisaient pas toujours dans les règles, nous a-t-on dit. «Dans le fond, les gagnants étaient déterminés» d'avance, nous a-t-on signalé.

Dossier clos

Lorsqu'une entente à l'amiable a été conclue entre la CSST et François Houle, la vice-présidente aux communications, l'ancienne ministre libérale Carole Théberge, a invité les employés à ne plus discuter de ce qui s'était passé, nous ont affirmé plusieurs sources.

Selon la haute direction, le dossier est «clos». Les nombreuses demandes d'entrevues du Journal à la CSST sont restées vaines. «M. Houle n'est plus à l'emploi de la CSST. Il s'est désisté de ses appels contestant son congédiement du 25 janvier 2012. La CSST ne commentera pas davantage le dossier», nous a répondu le porte-parole de l'organisme, Jacques Nadeau, aux nombreuses questions concernant le congédiement de l'ancien directeur des communications.

Le C.A. ignorait tout de la situation

Les membres du conseil d'administration, qui proviennent notamment des grandes centrales syndicales et du patronat, n'ont été que très brièvement infor més de l'enquête interne qui a eu cours à la CSST, l'hiver der nier, et qui a mené au congédiement du directeur des communications de l'organisme, François Houle.

«Nous, on n'est pas dans la gestion du personnel. On nous a tenus au courant en général», mais pas dans le détail, a dit au Journal Andrée Bouchard, de la CSN, qui siège au C.A. de la CSST.

Elle signale que le c.a. ne pouvait être tenu au courant du dossier puisqu'il y avait des procédures entre la CSST et son ancien cadre. «On ne pouvait pas s'ingérer là-dedans. On a su par la suite qu'il y a eu une entente hors cour, mais pas plus que ça. On ne sait pas ce qu'il y a dans l'entente, on ne sait rien», a précisé Mme Bouchard.

Première offense

En outre, à la Commission de la fonction publique, on soutient qu'une personne n'est habituellement pas congédiée à sa première offense.

«Tout cas de congédiement ou avant d'en arriver à une mesure disciplinaire, il y a une gradation», a précisé au Journal le porte-parole de l'organisme.