/news/culture

L'arbre et le nid: un voyage fascinant

Isabelle Hontebeyrie

Derrière ce titre se cache le premier long métrage documentaire de Valérie Pouyanne, qui offre un tour d'horizon des méthodes d'accouchement. Un voyage fascinant au cœur de l'un des événements les plus incroyables de la vie.

Le titre «L'arbre et le nid» est une référence à la forme et à la fonction du placenta, explication sur laquelle débute ce documentaire consacré à la situation des naissances au Québec.

La réalisatrice Valérie Pouyanne, ancienne employée d'Ubisoft, a passé deux ans à interviewer sages-femmes, médecins et femmes, et à filmer des accouchements, proposant ainsi une comparaison entre des accouchements naturels, ceux pratiqués en milieu hospitalier et des césariennes.

«J'avais envie d'apporter quelque chose de positif pour les femmes. Avec les images que les médias véhiculent de l'accouchement - les cris, le sang, quelque chose d'assez terrifiant -, beaucoup de femmes portent en elle cette espèce de peur de ce moment-là. J'avais envie d'amener une image plus positive, de dire que cela peut être autre chose que ce à quoi on s'attend.»

«C'est important, car la manière dont on pense les choses nous mène beaucoup à les vivre», a expliqué Valérie Pouyanne à l'Agence QMI. «[Je voulais] contribuer à un changement de culture, d'amener cette image qu'un accouchement peut être quelque chose de plus calme, de beau. Je trouve que [le documentaire] donne envie d'accoucher [rires].»

En plus des accouchements proprement dits, «L'arbre et le nid» - produit sans financement public, grâce au soutien de l'ensemble du réseau - est émaillé d'entrevues avec des professionnels de la santé, qu'ils soient médecins, sages-femmes ou gynécologues.

Surmédicalisation

Les constats dressés sont inquiétants, pour ne pas dire accablants. «Quand on dépasse 15 % de taux de césarienne, cela veut dire qu'il y en a qui ne sont pas nécessaires», de dire Valérie Pouyanne, rappelant que le taux, au Québec, est «d'une femme sur quatre». Le docteur Michael Klein parle même «d'industrialisation» des accouchements et bon nombre de médecins soulignent l'importance de respecter le rythme naturel de la naissance, sans ajout d'hormones, sans chercher à forcer ou à accélérer la nature. De plus, 20 % des médecins pensent que la césarienne est la meilleure manière d'accoucher!

«Quand il y a un risque dans l'accouchement, choisir la césarienne pour un médecin peut minimiser les risques immédiats.»

Le témoignage de Caroline Hudon, qui souhaitait accoucher à l'hôpital de manière physiologique est frappant : la jeune femme a eu, suite à un enchaînement de circonstances, une césarienne.

«Le problème, c'est que quand un médecin dit à une femme qu'il vaut mieux faire une césarienne, c'est sûr qu'elle va accepter. C'est lui qui sait. Dans notre société, le pouvoir du médecin... Il faut s'accrocher pour refuser une césarienne.»

Quel pouvoir ont donc les femmes sur leur propre corps et leur décision d'accoucher comme elles le veulent, la reconnaissance des sages-femmes ne datant, après tout, que de 1999?

«Quand on arrive à l'hôpital pour accoucher, on ne peut pas être dans la combativité. Il faut être dans l'abandon, dans la détente. Il faut s'ouvrir complètement dans la confiance pour que l'enfant puisse sortir. S'il faut se mettre en état de combattre, de se dire : "Attention! On va me demander des choses avec lesquelles je ne serais peut-être pas d'accord", c'est complètement contraire à l'état d'esprit dans lequel il faut être pour accoucher. Comment gérer cela? C'est quasiment impossible.»

Le débat est lancé, mais Valérie Pouyanne ne veut pas susciter de controverse. «La difficulté est de préserver le système des sages-femmes, pour qu'il puisse continuer à exister dans son meilleur aspect. Ça pousse fort en ce moment pour qu'elles aillent exercer à l'hôpital. Or, si c'est le cas, elles ne pourront plus exercer comme aujourd'hui. Ce qui fait la force de la sage-femme est qu'elle accompagne la femme tout au long de sa grossesse et de son accouchement. C'est très important. La qualité de leur travail est dans cet accompagnement.»

«L'arbre et le nid» prend l'affiche dès le 15 mars.