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«Ça va réveiller de mauvais souvenirs»

Michael Nguyen

«C'est mon obligation de père d'être présent (ce lundi matin). Je serai là. Ça va être difficile émotionnellement, mais je vais faire de mon mieux pour me contrôler

Pour la première fois, Lin Diran se retrouvera dans la même salle que celui qui est accusé d'avoir démembré son fils. Il pourra croiser son regard, mais il n'y tient pas plus que ça.

«Je n'ai clairement aucun message à lui lancer, explique-t-il après avoir longuement réfléchi. La douleur de perdre un fils aimant ne pourra jamais s'estomper, il n'y a rien à dire sur Luka Rocco Magnotta.»

Lin Diran , père de Lin Jun , lors des funérailles de son fils. (Archives Agence QMI)

La mère et la sœur de Lin Jun sont également arrivées à Montréal il y a une semaine, directement de Chine. Mais contrairement au père, elles ne se présenteront pas au palais de justice de Montréal.

«L'émotion sera trop forte, explique Lin Diran. Elles risqueraient de craquer.»

À quelques heures du début de l'enquête préliminaire du «dépeceur», le père de Lin Jun a accepté de se confier au Journal de Montréal dans une entrevue exclusive.

Il y explique ses attentes envers le processus judiciaire, mais aussi son désir de voir la mémoire de son fils continuer à vivre, même s'il sait que les projecteurs seront tous braqués sur Magnotta.

«C'est compréhensible et même normal que l'attention soit portée sur le suspect, parce que la victime est morte, dit-il avec philosophie. Mais, en même temps, nous aimerions que le monde se souvienne de la victime, de qui Lin Jun était vraiment.»

Sacrifices

Lin Diran garde de bons souvenirs de son fils, même s'ils ont été séparés depuis une quinzaine d'années. La famille est originaire de Wuhan, en Chine, mais, dès le secondaire, Lin Jun est allé vivre en internat. Il est ensuite allé à l'université à Pékin, avant de se trouver un emploi dans la capitale, à 1000 km de la maison familiale.

«On se voyait une ou deux fois par année, surtout pour le Nouvel An, se remémore le père du défunt. Mais on se parlait régulièrement grâce à internet.»

Dès l'adolescence, Lin Jun était très indépendant. Mais en tant que père, Lin Diran se faisait énormément de soucis pour la sécurité de son fils. Chaque fois qu'ils se parlaient, Lin Diran lui disait de faire attention.

Et, il était prêt à tous les sacrifices pour que son fils réussisse dans la vie, quitte à réduire son propre mode de vie.

«Mais le drame est arrivé, déplore le père. C'est la pire chose qu'une famille puisse subir. C'était le vide. On avait tant d'espoir pour Lin Jun.»

La vie change

Depuis le jour fatidique du 25 mai 2012, la vie de Lin Diran et sa famille a complètement changé. Ce jour-là, son fils se serait rendu à l'appartement de Luka Rocco Magnotta, dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal.

La suite sort droit des pires livres d'horreur. L'étudiant chinois aurait alors été tué, dépecé et aurait subi des actes, filmés - valant à Magnotta des accusations de meurtre prémédité -, d'outrage à un cadavre, et de production et distribution de matériel obscène.

L'assassin allégué de 30 ans a ensuite pris la fuite. C'est au terme d'une chasse à l'homme internationale qu'il aura été arrêté, le 4 juin 2012, dans un café internet de Berlin, en Allemagne. Quelques jours plus tard, Magnotta était extradé pour faire face à la justice canadienne.

Alors qu'elle n'avait rien demandé, en une journée, la famille de Lin Jun est ainsi devenue le centre d'un fait divers international.

Rapidement, tous les médias se sont mis à la recherche des proches de la victime, qui s'étaient déplacés à Montréal. Et ce n'était pas que dans la métropole. Lorsque les parents de Lin Jun sont retournés dans leur pays natal, c'était au tour des médias chinois de leur courir après.
«Ça a causé beaucoup de problème à notre vie et à notre intimité», déplore-t-il, tout en ajoutant comprendre le battage médiatique.

Appréhension

Il appréhende cependant le début des procédures ce lundi, au palais de justice de Montréal. Surtout que pour entrer dans la salle d'audience, il lui sera difficile de se soustraire aux caméras.

«Mais, je ne viens pas pour faire un show, prévient-il. Nous avons fait le voyage pour assister aux audiences, qui seront déjà très tristes, et je ne compte pas accepter de faire d'autres entrevues ou parler aux médias. J'espère que les gens comprendront.»

Mais, même s'il craint l'attention médiatique, Lin Diran appréhende surtout le moment où il jettera son regard sur l'assassin allégué de son fils.

«Ça va être dur, ça va réveiller beaucoup de mauvais souvenirs», conclut-il.

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