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«La CSST a abdiqué sa juridiction»

Charles Lecavalier

La CSST doit établir elle-même les paramètres du retrait préventif des femmes enceintes en milieu de travail plutôt que de s'en remettre aux médecins de la santé publique, croit l'avocat spécialisé en droit du travail Bernard Cliche.

«La CSST a abdiqué sa juridiction à un petit groupe de santé publique qui a fait dévier la loi de ses principes. Je n'ai plus aucune confiance en eux. Plus aucune», a déclaré celui qui a occupé pendant 10 ans le poste de directeur du service du contentieux de l'organisme gouvernemental.

Le Journal de Québec rapportait en fin de semaine que le programme de retrait préventif des femmes enceintes, qui a coûté plus de 220 millions $ en 2011, était un «échec», selon une analyse publiée dans une revue internationale de médecine.

L'analyse dévoile que 50 % des travailleuses québécoises enceintes ont profité du programme en 2008. Or, les indicateurs de mortalité infantile, de bébés prématurés ou de faible poids à la naissance «ne sont pas plus bas au Québec que dans le reste du Canada».

Me Cliche, qui a aussi participé en 2010 comme représentant patronal à la rédaction d'un rapport dévastateur à l'endroit du programme, déplore sa «dérive» aux mains de la Direction de santé publique. Alors qu'à l'origine, il devait protéger les femmes d'un «danger» en milieu de travail, il se base maintenant sur un «pseudoprincipe de précaution», croit ce dernier.

Du côté de la CSN, on estime plutôt qu'il s'agit d'un argument patronal «pour en payer moins». «Le seul but visé est de diminuer la facture sans égard à la protection et à la sécurité des femmes et de leur fœtus», a affirmé le vice-président de la centrale, Jean Lacharité.