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Des acériculteurs dépouillés de leur récolte

Josée Cloutier

Des producteurs acéricoles de l'Estrie et de la Beauce ont reçu la visite de huissiers mardi. Des huissiers venus saisir leur production parce que, selon la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, ceux-ci sont en infraction à ses règlements.

Des perquisitions ont eu lieu dans des érablières de Saint-Robert-Bellarmin, de Woburn et de Sawyerville. Plusieurs centaines de barils et de boîtes de sirop d'érable ont été saisis pour être envoyées à l'entrepôt de la Fédération.

«Il y a plusieurs motifs. Mon mandat est d'exécuter, de procéder à la saisie et de nommer un gardien judiciaire», nous a expliqué Rock Guertin, huissier de l'Étude André Carbonneau. Il est intervenu à l'érablière de Steve Côté de Sawyerville mardi.

«Ils me saisissent mes 100 barils et plusieurs boîtes contenant des centaines de cannes», a indiqué Steve Côté. Le producteur estime à plus de 100 000$ la valeur de la production saisie. «Se faire enlever notre produit, c'est comme se faire ôter le pain de la bouche. Je tombe avec rien. Je me retrouve avec des factures et sans revenu», a renchéri le producteur.

Steve Côté, acériculteur (TVA Nouvelles)

Un producteur marginal qui souhaite garder le contrôle

Steve Côté a pris la relève de son père à la tête de l'érablière, qui compte quelques 25 000 entailles. Sa production est grande partie dirigée vers les États-Unis. «Oui, je suis un contestataire du système. À mes yeux, c'est presque une dictature. Et plus ça va, plus je me dis que je ne me trompe pas employant ce mot-là.»

Le producteur, qui était déjà en démêlées avec la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, n'en est pas membre.

«Nous avons la présomption qu'au niveau de la production et de la mise en marché, ces producteurs sont en infraction aux règlements de la Fédération», a précisé le directeur adjoint, Paul Rouillard. Ces producteurs, selon l'organisme, ont l'obligation de détenir un contingent et de déclarer leur production.

Le producteur de Sawyerville ne cache pas que s'il va à l'encontre des orientations de la Fédération, c'est pour conserver un droit de regard sur son produit.

La nouvelle de ces saisies s'est vite répandue dans le voisinage. «C'est du vol, il n'y a pas d'autres mots que ça! Combien de producteurs sont assez honnêtes pour dire qu'ils sont embarqués dans la Fédération de force », a lancé Daniel Gaudreault, un producteur du secteur, qui s'est dit contraint de devenir membre de l'organisme.

«Nous ne sommes pas de criminels! C'est juste du sirop! Nous avons un permis du gouvernement fédéral pour pouvoir l'exporter», a ajouté l'épouse de monsieur Côté, Caroline Morin.

Les barils saisis seront scellés et le sirop ne pourra être vendu avant qu'un jugement de la Cour ne soit rendu. Le Québec compte 7400 entreprises acéricoles. Si des saisies de semblable nature ont déjà été effectuées dans le passé, il s'agit de la première cette saison.

Explications de Josée Cloutier