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Rapport D’Amours : Labeaume veut plus de pouvoirs

TVA Nouvelles

Agence QMI

 

Bien que satisfait des conclusions du rapport D’Amours, le maire de Québec réclame plus de pouvoirs pour les municipalités afin d’établir un rapport de force avec les syndicats, dont celui de décréter les conventions collectives.

 Dans une ville d’un demi-million de personnes comme Québec, où on trouve un maire élu avec l’appui de 80 % des citoyens, il serait normal, selon Régis Labeaume, d’avoir le droit de légiférer sur les conventions collectives. «On vous reviendra là-dessus», a-t-il dit, ne souhaitant pas dévoiler sa stratégie.

Or, le rapport D’Amours a laissé le maire sur son appétit en ce qui concerne les pouvoirs accordés aux municipalités. «En même temps, ce n’était pas sa job», a-t-il dit, se fiant maintenant sur le gouvernement pour faire preuve de courage.

Négociation

Le maire est notamment en désaccord avec les moyens imaginés dans le rapport pour restructurer les bénéfices compris dans ces fonds afin de rendre vivables les charges financières pour les citoyens. Il a qualifié le tout d’irréaliste.

Ces moyens prévoient un processus de négociation qui permet à la Ville, s’il n’y a pas d’entente après cinq ans, de modifier ou d’éliminer unilatéralement l’indexation des rentes à partir de la quatrième année. La Ville devrait toutefois contribuer financièrement à la diminution des déficits pour un montant annuel égal à l’élimination de l’indexation.

«Les syndicats n’ont absolument aucun intérêt à négocier et à diminuer les bénéfices de leurs membres», a estimé M. Labeaume.

Argument de taille

Néanmoins, les conclusions du rapport viennent servir un argument de poids aux municipalités en vue de réclamer ces pouvoirs, a estimé M. Labeaume. Qualifiant le travail de remarquable, il y voit d’ailleurs une grande victoire pour les villes.

M. Labeaume a rappelé que le rapport a conclu à un déficit de rentabilité de neuf milliards $, alors que les municipalités l’établissaient à quatre et cinq milliards $. «C’est une bonne nouvelle, parce que personne n’a jamais eu le courage de dire la vérité», dit-il.

À Québec, a rappelé M. Labeaume, «les dirigeants syndicaux ont qualifié nos évaluations d’apocalyptiques. Ils avaient complètement tort. Pour le rapport D’Amours, la situation est encore plus désastreuse», considère-t-il.

Mirage

La nouvelle règle de calcul, la capitalisation améliorée, sourit par ailleurs à la Ville de Québec. Celle-ci utiliserait des taux de rendement plus près des rendements réels des marchés financiers, donc à des rendements plus faibles.

«C’est un mirage de penser que les taux d’intérêt régleront le problème, comme le prétendent les syndicats», a estimé Richard Côté, vice-président du comité exécutif de la Ville.

Le maire est en accord avec l’idée de tenir des consultations publiques, parce qu’il faut l’expliquer. Pas pendant deux ans, a-t-il précisé, mais plutôt six mois.

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Dictature et chaos social

Un changement législatif qui permettrait aux municipalités de décréter les conventions collectives serait carrément farfelu et provoquerait un chaos social, considèrent des représentants syndicaux de la Ville de Québec.

Une telle demande est pire que le droit au lock-out que réclamait le maire il y a un an, considère Jean Gagnon, président du syndicat des fonctionnaires municipaux de Québec (SFMQ).

«Ça serait une dictature: il éliminerait tout le processus de négociations et il imposerait», a réagi M. Gagnon, estimant que c’est précisément ce qu’a fait le maire Labeaume avec les cadres. «Il n’y en aurait plus de pouvoirs pour les syndicats. À partir du moment où tu peux décréter, tu peux négocier quoi?» se demande-t-il.

Le président du syndicat des cols blancs estime qu’une telle disposition ferait en sorte d’accorder un très grand pouvoir à n’importe qui. «Et je ne parle pas de Régis Labeaume, je parle de n’importe qui dans la province qui pourrait être élu dans une ville, précise-t-il. Ça pourrait nous amener un chaos social incroyable.»

Le maire rêve en couleurs, croit M. Gagnon. «Mais ça nous donne le portrait: il n’y a aucune négociation possible avec lui. Il ne veut pas négocier, il veut imposer».

Maire qui impose

Du côté du syndicat des pompiers, le président Éric Gosselin ne s’étonne guère de cette sortie, puisque le maire ne jure que par l’imposition mur à mur, soutient-il. «C’est en droite ligne avec sa stratégie, dit-il, il n’y a jamais eu de négociation depuis que le maire est là.»

M. Gosselin ne voit pas comment le gouvernement pourrait accéder à une telle demande, qu’il qualifie de très farfelue. «On invite le maire à revenir à la négociation, comme le préconise le rapport, au lieu d’imposer sa vision des choses», a-t-il commenté.

«Le comité D’Amours n’avait pas le mandat d’étudier le Code du travail, fait remarquer Bernard Lehré, président de la Fraternité des policiers. Même l’Union des municipalités du Québec (UMW) s’est montrée satisfaite.»