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La SQ a alerté le gouvernement

Andrew McIntosh et Félix Séguin

EXCLUSIF - L'enquête de la Sûreté du Québec qui visait à lever le voile sur la possible infiltration du crime organisé au sein des syndicats de la construction a torpillé l'ambition de Michel Arsenault, le président de la FTQ, de siéger au sein du conseil d'administration (CA) de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a appris notre Bureau d'enquête.

L'opération Diligence menée par la SQ a pris une tournure étonnante, en 2009, lorsque les enquêteurs, qui écoutaient secrètement les conversations de Michel Arsenault depuis octobre 2008, comme celles d'autres dirigeants de la FTQ, ont capté une conversation avec le cabinet du premier ministre du Québec, Jean Charest.

Au téléphone, le président de la puissante FTQ et du conseil du Fonds de solidarité demandait au gouvernement un siège au sein du conseil d'administration de la Caisse de dépôt du Québec.

Michel Arsenault est le premier dirigeant de la FTQ à ne pas avoir de siège au CA de la Caisse depuis presque trois décennies.

Son prédécesseur, Henri Massé, a quitté le sien dans la controverse qui a secoué la FTQ, en janvier 2009. Personne de la centrale syndicale ne l'y a encore remplacé.

Comme Michel Arsenault était sous écoute et faisait donc l'objet d'une enquête, la direction de la Sûreté du Québec s'est retrouvée avec une patate chaude dans les mains: en vertu de son devoir de protéger l'intégrité de l'État, devait-elle aviser le gouvernement qu'il risquait de nommer à la Caisse de dépôt, un organisme névralgique pour le développement du Québec, un homme faisant l'objet d'une enquête criminelle?

La SQ a finalement conclu que, oui, elle se devait d'avertir le gouvernement Charest de la délicate situation, selon une source proche du dossier.

La Loi de la police stipule que la Sûreté du Québec, «pour être en mesure de réaliser pleinement sa mission», doit offrir et réaliser des services policiers impliquant «des crimes touchant les revenus de l'État, sa sécurité ou son intégrité».

M. Arsenault, nommé fin 2007 à la tête de son syndicat de 600 000 membres, ne siège toujours pas à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Et ce, même si les procureurs ont refusé à deux reprises de porter des accusations criminelles contre lui, comme le révélait notre Bureau d'enquête la semaine dernière.

Exclu pour une rare fois

La SQ aurait écouté au moins une conversation téléphonique entre M. Arsenault et un membre de l'entourage du gouvernement de Jean Charest.

Michel Arsenault semblait impatient. La FTQ est représentée au sein de la plupart des organismes gouvernementaux importants, mais se voyait exclue du plus important levier économique du Québec.

Par la bouche de son porte-parole à la FTQ, Jean Laverdière, Michel Arsenault a refusé de donner une entrevue à notre Bureau d'enquête. M. Laverdière a soutenu que si M. Arsenault n'a pas été nommé au conseil de la Caisse de dépôt et placement du Québec, c'est plutôt parce que son président de l'époque, Henri-Paul Rousseau, avait décidé que, dorénavant, les représentants des syndiqués n'auraient plus de siège autour de la table.

- Avec la collaboration de Jean-Nicolas Lachance et Jean-François Cloutier

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