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120 filiales de SNC-Lavalin sur la liste noire

Michel Munger

Les entreprises appartenant à SNC-Lavalin (SNC) se font inscrire sur la liste noire de la Banque mondiale, alors que le Canada prend une place importante au banc des pénalités. Le prêteur établi à Washington vient de mettre à jour la liste de plus de 700 entreprises pénalisées pour fraude et corruption, conformément à ses politiques sur ces enjeux.

Près de 120 filiales appartenant à SNC-Lavalin se trouvent ainsi sur la liste. Elles sont situées partout dans le monde, soit au Canada et dans des territoires aussi variés que l'Arabie saoudite, l'Amérique latine et la Tunisie. L'inscription date du 17 avril 2013. Elle couvre une période de 10 ans.

Le Canada compte pour sa part un peu plus de 120 compagnies sur la liste noire.
Ces sociétés perdent le droit de participer à des contrats financés par la Banque mondiale. Le prêteur, dont la mission est en grande partie le développement, avait 35 milliards $ de financement sur le marché l'an dernier.

Lilly Nguyen, porte-parole de SNC-Lavalin, précise que l'annonce donne suite à un accord signé le 17 avril. «On parle ici de toutes les filiales qui relèvent de la seule entité qui a conclu un accord avec la Banque mondiale, soit SNC-Lavalin Inc. Cette entité fait partie de [la maison-mère] Groupe SNC-Lavalin inc. Toutes les autres entités qui ne relèvent pas de SNC-Lavalin inc. sont encore aptes à soumissionner à la Banque mondiale.»

Dur pour la réputation

Une inscription sur la liste noire heurte toute entreprise, indique Michel Picard, expert en criminalité financière et ancien membre de l'équipe intégrée de la police des marchés financiers.

«C'est certain que la publication d'une telle liste auprès du grand public fait mal à une réputation, dit-il. C'est aussi un avertissement pour les gouvernements étrangers. S'ils font affaire avec une entreprise sur la liste noire, vont-ils compromettre le financement qui leur permet de faire avancer des projets ?»

Ceci dit, rien n'empêche SNC-Lavalin de mettre de l'ordre dans ses affaires et de préparer l'avenir, soutient M. Picard. «Le PDG Bob Card est en train de faire un ménage radical pour récupérer ces mandats-là. Il tente de faire ses devoirs pour rétablir la situation.»
Il ne faut toutefois pas penser, poursuit M. Picard, que SNC-Lavalin ou les autres entreprises qui perdent accès à ces contrats sont seules au monde à s'être fait prendre les doigts dans l'engrenage de la corruption.

«Ceux qui se trouvent sur la liste sont ceux qui se sont fait pincer, raconte-t-il. Le Canada n'est pas un exemple de corruption, mais un participant parmi tant d'autres. Plusieurs autres ne se sont pas fait prendre.»

Une histoire de pots-de-vin

La Banque mondiale reprochait à SNC-Lavalin d'avoir versé des pots-de-vin pour la construction d'un pont sur le fleuve Padma, au Bangladesh.
Plus tôt cette année, l'Agence canadienne de développement international (ACDI) interdisait à l'entreprise de soumissionner sur ses appels d'offres.

Au Québec, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a mené des perquisitions au Centre universitaire de santé McGill, un chantier sous la responsabilité de SNC-Lavalin. En 2012, l'UPAC a arrêté l'ancien PDG Pierre Duhaime pour une accusation de fraude. Des doutes subsistent sur les activités passées de l'entreprise à l'international, dont en Libye.