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Un mégot de cigarette à l'origine du feu?

Félix Séguin et Jean-Nicolas Blanchet

SEULEMENT pour les FAMILLES des victimes, voici le numéro de la ligne d'urgence de la Sûreté du Québec au 1-800-659-4264. Pour joindre le Centre hospitalier du Grand Portage, composez le 1-418-868-1010. Pour faire un don à la Croix-Rouge par téléphone au 1-800-418-1111, sur le site de la Croix-Rouge ou par la poste.

Le drame de L'Isle-Verte aurait pu être causé par un mégot de cigarette, croit fortement le plus important témoin de la tragédie qui s'est confié à notre Bureau d'enquête.

Bruno Bélanger, gardien de nuit à la Résidence du Havre, était le seul employé éveillé lorsque l'incendie a éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi. Comme il l'a fait avec les enquêteurs de la Sûreté du Québec, le préposé aux bénéficiaires nous a livré sa version des évènements.

Sous le choc et se tenant à l'écart de la petite municipalité depuis le sinistre, M. Bélanger se dit «sûr à 95%» que l'incendie a été causé par un article de fumeur. Moins d'une heure avant que l'alarme se déclenche, il a empêché un résident de sortir à l'extérieur pour fumer une cigarette. Il est interdit de fumer dans l'immeuble.

M. Bélanger explique que les résidents ne sont pas autorisés à sortir après 23h puisque les portes se verrouillent de l'extérieur. De plus, en raison du froid intense, le gardien a invité l'homme âgé à regagner sa chambre et attendre au lendemain pour sa cigarette.

Deuxième étage

L'employé, qui avait certains doutes, est allé surveiller le résident quelques minutes plus tard dans sa chambre, la 206. M. Bélanger s'est ensuite rendu à la cuisine, située au rez-de-chaussée afin d'effectuer les préparatifs pour le déjeuner. Une heure plus tard, après le coup de minuit, l'horreur débutait.

«L'alarme part. La centrale m'appelle. On me demande si j'ai besoin d'aide, j'ai dit oui, vite, vite, le feu est pris, c'est urgent. Dépêchez-vous! [...] Je ne savais plus quoi faire», raconte-t-il, précisant que les pompiers sont arrivés rapidement, mais avec des moyens limités devant la puissance des flammes.

«Je suis monté au 2e étage. J'avais ma petite idée.» Il remarque aussitôt que le brasier provient surtout de la chambre 206 qui est au-dessus des cuisines. «Il y avait de la fumée par-dessus la porte qui était toujours entrouverte. Là, j'ai commencé à suffoquer. C'était noir de fumée. Je me disais que j'allais mourir ici», poursuit-il.

«Là, j'en perds des bouts, c'est tellement épouvantable», ajoute-t-il, en sanglots, pour raconter les instants qui ont suivi. En cinq minutes, le feu s'était déjà propagé à une vitesse «épouvantable».

Tout en tentant d'alerter les résidents qui pouvaient l'entendre, le gardien n'a eu d'autre choix que d'évacuer l'immeuble, pour survivre. En sortant, au travers des cris, il a secouru un résident qui venait de se briser une jambe en sautant de son balcon. «Il rampait, je le tirais pour le sortir de là», relate M. Bélanger, qui mentionne que plusieurs résidents médicamentés ont pu ne pas entendre l'alarme et ne jamais se réveiller.

La scène qui marque

«Et là, j'ai vu ce monsieur au 2e étage qui cognait dans sa fenêtre. J'ai dit au pompier: vite, ce monsieur essaie de sauver sa vie», peine-t-il, la voix brisée.

«J'étais attaché à tous ces gens-là», confie celui qui a opté pour cette carrière après le décès de sa mère. «Je pense à l'horreur de les voir se battre pour leur vie. Je pense à cette dame qui allait avoir 100 ans. Je ne sais pas ce qu'elle a pu faire, c'est indescriptible. [...] Je pense aussi à ce qu'on va dire aux petits-enfants...ce n'est pas mesurable.»

Son plus grand souhait: que tous les Québécois sachent qu'il a fait «tout son possible», demande-t-il, de tout cœur.

-Avec la collaboration d'Édith Hammond, TVA Nouvelles

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