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Finances : les couples québécois font chambre à part

TVA Nouvelles

Julie* partage son intimité avec le même homme depuis deux ans, mais conserve son propre appartement. Elle gagne modestement sa vie et se montre économe, il a de meilleurs revenus et prend des risques financiers.

Pour les sorties, le couple a établi une règle : celui ou celle qui propose une activité paie la facture. En ce qui concerne les finances personnelles, c’est chacun pour soi. « Si on habite ensemble un jour, l’argent pourrait devenir un motif de dispute... », confie Julie.

Ce couple très souple, union libre de partenaires qui tiennent à leur indépendance, n’a rien de saugrenu au Québec.

« Les Québécois sont moins enclins que les autres Canadiens à avoir un compte conjoint », déclare Mo Belleus, directeur de succursale chez TD Canada Trust.

Selon un sondage mené pour l’institution financière (1 950 Canadiens, dont 651 Québécois, ont été interrogés en février dernier), seulement 27 % des répondants québécois seraient prompts à ouvrir un compte conjoint.

Champions de l’union libre

D’où vient cette crainte de mettre son fric en commun ? Mo Belleus évoque des « différences culturelles » entre le Québec et le reste du pays.

Au recensement de 2011, le Québec comptait 31,5 % de couples en union libre, c’est-à-dire des partenaires qui vivent ensemble sans être mariés. Dans l’ensemble du Canada, 16,7 % des couples vivaient hors mariage (ils ne sont que 10,9 % en Ontario).

Le Québec est même le champion mondial de l’union libre, devant les pays scandinaves.

« Il y a 15 ou 20 ans, des couples mettaient souvent tout en commun dans un compte conjoint », observe Guylaine Dufresne, directrice principale, Investissement et planification financière, Banque Laurentienne. « Aujourd’hui, les unions durent moins longtemps. Les mentalités ont changé, les gens conservent leur compte bancaire personnel. »

Le temps de l’engagement

« L’engagement comme tel, ce n’est plus le mariage, c’est la naissance d’un enfant ou l’achat d’une maison », ajoute Guylaine Dufresne. « Là, on voit des couples ouvrir des comptes conjoints. »

Martine*, mère de deux enfants, en union libre depuis plus de 20 ans, a ouvert un compte conjoint lorsqu'elle a acheté un immeuble à revenus avec son partenaire. Ce compte demeure exclusivement dédié à la propriété. « Si on n’avait pas eu l’immeuble ensemble, on n’aurait pas eu de compte conjoint », juge-t-elle.

Pour la consommation courante, Martine et son partenaire répartissent les dépenses au pif, sans tenir compte de leurs différences de revenus (elle gagne trois fois moins que lui). Il se charge de la voiture, elle paie l’électricité, le téléphone et Internet ; les dépenses en nourriture sont grosso modo divisées en deux parts plus ou moins égales.

« Ça finit tout le temps en chicane », soupire Martine. Et le couple n’aborde jamais le problème de front, n’ose pas planifier les dépenses au prorata des revenus de chacun. « C’est vrai que l’argent est un tabou… »

(* Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.)