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La production nord-américaine de silicium sous-évaluée

Michel Morin

Le nouveau ministre de l'Économie du gouvernement Couillard, Jacques Daoust, a grandement sous-évalué lundi dernier à l'Assemblée nationale, la production nord-américaine de silicium, deux fois plus importante que le chiffre de 100 000 tonnes évoqué par le ministre en Chambre.

Interrogé par le député Donald Martel de la CAQ de Nicolet-Bécancour sur les conséquences de l'arrivée d'un producteur de silicium qui construirait la plus grande usine de silicium métallique du monde occidental et qui pourrait mettre en danger les emplois de Silicium Québec à Bécancour, le ministre Daoust y était allé d'un ton rassurant: «Il se fabrique, actuellement en Amérique du Nord, 100 000 tonnes, et il y a un besoin pour 300 000 tonnes.»

On ne voulait pas confirmer

Dans les jours qui suivirent, notre Bureau d'enquête a tenté en vain de faire confirmer par écrit par son attachée de presse et son chef de cabinet, la source du ministre.

Jeudi soir, soit quatre jours après la publication d'un article dans le Journal, un fonctionnaire du ministère de l'Économie, Jean-Pierre d'Auteuil, a confirmé que la production nord-américaine américaine de silicium, n'était pas de 100 000 tonnes, mais de 217 000 tonnes, soit 170 000 pour les États-Unis et 47 000 tonnes pour l'usine de Bécancour.

Si le projet de FerroAtlantica de 100 000 tonnes devait se réaliser, la nouvelle usine deviendrait le plus important producteur en Amérique du Nord, et sa production équivaudrait à l'ensemble des importations américaines de silicium en 2013, soit 116 300 tonnes.

On attend toujours une annonce

FerroAtlantica n'a toujours pas identifié un site pour la nouvelle usine de 375$ millions dont 90% de la production serait dédiée, en théorie, au marché américain.

Cinq villes, soit celles de Saguenay, Grand-Mère, Bécancour, Port-Cartier et Baie-Comeau, se livrent actuellement à une campagne de séduction pour obtenir ce projet industriel, un des plus importants, actuellement au Québec.

En janvier dernier, la compagnie a eu droit à l'annonce d'un congé d'impôts pendant dix ans, à un rabais de plus de 20% des tarifs d'électricité et à un investissement d'Investissement Québec qui pourrait atteindre les 30 M$.

FerroAtlantica devra lutter ferme sur le marché américain si elle veut écouler 90 000 tonnes sur ce marché comme l'espère le ministre. Selon les données américaines, les États-Unis, ont importé en 2013 116 300 tonnes de silicium de différents producteurs comme Elkem, Simcoa, Dow Corning, et Globe Métalurgical qui possède l'usine de Silicium Québec à Bécancour.

À défaut de la conquête du marché américain par FerroAltantica, certains craignent que ce soit l'usine et les travailleurs de Bécancour qui écopent.

«On n'a pas besoin de cadeaux ou de subventions pour survivre. Mais on ne veut pas non plus que nos compétiteurs en bénéficient», déclare René Boisvert, PDG de Québec Silicium à Bécancour.

Depuis la crise de 2008, comme c'est arrivé pour les prix de l'aluminium, les prix du silicium métallique n'ont jamais retrouvé leur niveau de 2008.