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Pas de compteur intelligent pour le pdg d'Hydro-Québec, Thierry Vandal

TVA Nouvelles

Agence QMI

Presque tous les Québécois auront d’ici trois ans un nouveau compteur intelligent, le controversé projet phare d’Hydro-Québec qui est en plein déploiement. Mais ce ne sera pas le cas du grand patron Thierry Vandal qui évitera l’installation de ce type de compteur sur sa maison.

L’histoire est ironique, mais tout à fait explicable et n’est pas le fruit de manœuvres du grand patron de la société d’État. C’est que M. Vandal habite la très chic ville de Westmount, en plein cœur de l’Île de Montréal.

M. Vandal a souvent résidé dans cette ville située dans le flanc du Mont-Royal. En 2010, il a acheté une nouvelle demeure, fort élégante construite en 1923, rue Montrose, et y reste depuis.

Mais voilà, tout comme les autres 10 000 Westmountais, il n’est pas desservi par Hydro-Québec, mais bien Hydro-Westmount, un réseau municipal qui n’a pas été englobé lors de la nationalisation de l’hydroélectricité. Ce réseau s’approvisionne auprès de la société d’État, mais les infrastructures appartiennent à la municipalité. 

Hydro-Westmount n’est donc pas assujetti aux décisions de la société d’État. D’ailleurs, dans un document à l’attention des résidents, Hydro-Westmount indique qu’elle «n’installe pas des compteurs intelligents comme ceux qui sont déployés dans la province par Hydro-Québec» mais plutôt des compteurs de deuxième génération qui peuvent être lus à une petite distance.

La municipalité va donc changer tous les compteurs des Westmountais mais en y installant un compteur qui émet «un très faible signal de radiofréquences», écrit Hydro-Westmount.

Pas besoin des compteurs intelligents à Westmount

Contacté par Argent, Hydro-Westmount a confirmé ne pas installer de compteurs intelligents sur son territoire.

«On ne voyait pas le besoin de passer à cette étape, cela n’avait pas d’utilité pour nous. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’Hydro a beaucoup de moyens financiers afin d’installer ses infrastructures, ce que nous n’avons pas», a affirmé Salah Bouziane, directeur-adjoint chez Hydro-Westmount.

Les Westmountais qui ne souhaitent pas avoir un compteur qui émet des radiofréquences devront, eux aussi, payer des frais qui ressemblent à ceux des autres clients d’Hydro-Québec.

«M. Vandal n’a rien à voir avec la décision d’Hydro-Westmount. Si l’entreprise décidait d’aller de l’avant avec un compteur intelligent, évidemment, il accepterait qu’on en installe un chez lui», a indiqué Isabelle Thellen, porte-parole chez Hydro-Québec. 

Toutefois, un organisme opposé au projet des compteurs a souligné le caractère insolite de la situation.

«Monsieur Vandal n’a pas choisi (la situation), mais c’est quand même ironique de savoir qu’il n’a pas à se soucier de l’effet d’un réseau maillé sur sa santé, qu’il n’aura pas sa page web pour lui dire comment mieux consommer et que ses données de consommation ne seront pas traitées par une compagnie américaine, comme pour le reste des Québécois», observe André Bélisle de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).

Un projet controversé

Les compteurs intelligents émettent plusieurs fréquences à chaque jour, jusqu’à un routeur, puis un collecteur visant à communiquer les informations relatives à la consommation d’électricité de ses clients jusqu’aux bureaux d’Hydro-Québec.

La société d’État a justifié sa décision en affirmant qu’elle sera plus productive avec ce réseau «intelligent» qui permettra de réaliser aussi des économies.

Mais le projet demeure controversé. La semaine dernière, Argent a appris qu’une première poursuite contre Hydro-Québec a été déposée par une citoyenne de Pointe-aux-Trembles.

 

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Pas seulement Westmount

Il n’y a pas seulement Westmount qui a échappé à la nationalisation de l’hydroélectricité. Au total, une dizaine de villes ont leur propre réseau de distribution un peu partout au Québec et n’imposent pas un compteur intelligent à leurs clients.

En 1963, lors de la nationalisation, environ 80 réseaux municipaux n’ont pas été englobé car ils appartenaient déjà «à la collectivité», souligne le site Internet de l’Association des redistributeurs d’électricité (AREQ). Au fil du temps, Hydro-Québec a toutefois racheté certains de ces réseaux. 

Les villes d’Alma et de Jonquière dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont donc encore leur réseau municipal, tout comme Amos en Abitibi-Témiscamingue, Joliette, Baie-Comeau, Magog, Coaticook tout comme la Coopérative Saint-Jean-Baptiste.

Mais c’est la ville de Sherbrooke qui a le réseau le plus important avec 80 000 clients. Elle distribue mais produit également de l’électricité. Encore là, la municipalité a décidé de tourner le dos aux compteurs intelligents en raison des coûts engendrés pour le nombre de clients visés.

«Après analyse du conseil, le choix a été fait pour les compteurs électroniques à radiofréquences. La simplicité de cette technologie a aussi joué dans la balance», a indiqué Louis Gosselin, relationniste à la ville de Sherbrooke.  

La totalité des municipalités contactées par Argent ont confirmé ne pas installer un compteur intelligent pour les citoyens. Plusieurs vont toutefois doter leurs clients d’un nouveau compteur à radiofréquences nécessaire lors de la collecte de la consommation par un releveur. 

- Avec la collaboration de Carl Renaud

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