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Les erreurs d'Hydro-Québec sont payantes

Bureau d'enquête

Les erreurs de prévision d'Hydro-Québec sont payantes. Grâce à des trop-perçus obtenus soit par une réduction de ses dépenses, soit par une augmentation de ses revenus, Hydro-Québec en 2013 a réalisé 207 millions $ de trop-perçus au-delà du rendement de 6,38% d'abord autorisé par la Régie de l'énergie.

Ces erreurs, ainsi qualifiées par l'organisme réglementaire, ont permis à la société d'État de toucher un rendement, non pas de 6,38%, mais de plus de 12% sur son capital, soit pratiquement le double de celui qu'elle avait obtenu en 2013 par des augmentations de tarifs de 2,4%.

«Dans les faits, explique Marc-Olivier Moisan-Plante, analyste à l'Union des consommateurs, il s'agit d'une hausse de tarifs déguisée en catimini, puisque ces trop-perçus, comme on les appelle, ne seront jamais redistribués aux clients d'Hydro-Québec».

Hydro-Québec soutient toujours, comme elle l'a fait dans le passé, que ce ne sont pas des erreurs de prévisions. «Les charges d'exploitation présentent une réduction de 128 millions $ liés à des gains d'efficience qui nous ont permis de réduire les coûts intégrés aux tarifs de 2014-15», explique le porte-parole de l'entreprise, Patrice Lavoie.

Un milliard depuis 2008

Cette situation n'est pas nouvelle. Depuis six ans, Hydro-Québec a enregistré des trop-perçus au-delà des taux rendements et des rendements annuels accordés par la Régie de l'énergie. Au total, c'est plus de 1,1 G$ en trop-perçus qu'elle a réalisé depuis 2008, soit en surestimant ses dépenses au moment des audiences de la Régie sur les augmentations de tarifs, soit en sous-estimant ses revenus. Chiffres qui sont avérés erronés par la suite. «Si depuis cinq ans, ces trop-perçus avaient été partagés avec la clientèle d'Hydro-Québec, il n'y aurait pas eu de hausses des tarifs», explique encore l'analyste.

La Régie voulait forcer Hydro à partager

La Régie de l'énergie avait décidé, pour la première fois le printemps dernier, de mettre fin à ce régime qui depuis six ans ne profitait qu'à la société d'État et à son actionnaire, le gouvernement. Elle avait mis de l'avant un plan de partage, qui à compter de cette année devait forcer Hydro-Québec à partager la majeure partie de ses trop-perçus avec ses 4,1 millions de clients.

Le gouvernement annule tout

Avec le dernier budget Leitao, le gouvernement pour des raisons budgétaires annule de facto la décision de la Régie et décide de faire main basse sur les trop-perçus qui seront réalisés en 2014. «En se basant sur l'historique des dernières années, c'est donc environ 150 millions $ par année que la clientèle d'Hydro-Québec payera en trop dans ses tarifs, au-delà du tarif que la Régie qualifie de «juste» et «raisonnable» explique l'analyste de l'Union des consommateurs.