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Le tarif d'électricité pourrait exploser

Michel Morin

Si la Régie de l'énergie est conséquente avec ses récentes décisions, elle pourrait refuser l'opération comptable demandée par Hydro-Québec, mardi, et les consommateurs québécois pourraient se retrouver avec une augmentation de leurs tarifs d'électricité bien supérieure à celle demandée de 3,9%.

«Il s'agirait alors d'un choc tarifaire sans précédent de plus de 7% en période de faible inflation», estime l'analyste de l'Union des consommateurs Marc-Olivier Moisan-Plante.

Hydro-Québec, dans sa demande déposée à la Régie, propose de reporter à compter du 1er avril 2016 et jusqu'en 2020, le coût des achats de 380 M$ millions effectués cet hiver à cause d'une saison particulièrement froide.

Or, notre Bureau d'enquête a appris qu'en 2005, la société d'État avait fait une demande semblable pour une période de report plus longue et pour un montant moins élevé. Cette fois, il ne s'agissait pas de 380 M$, mais de seulement 203M$ et pour une période beaucoup de huit ans, au lieu de cinq, comme demandé mardi par Hydro-Québec.

Cette proposition semblable pourtant moins salée pour les consommateurs sur une longue période avait alors été refusée par la Régie de l'énergie sous le prétexte que cela équivalait à «fausser le signal de prix en permettant de consommer l'électricité sous le prix coûtant» et que cela était «non souhaitable» pour les clients d'Hydro-Québec.

«Si la Régie est conséquente avec ses décisions passées, l'organisme réglementaire pourrait à nouveau dire non à Hydro-Québec pour le report des achats effectués cet hiver pour satisfaire la demande d'électricité», estime Marc-Olivier Moisan-Plante de l'Union des consommateurs.

Du jamais vu

Jamais les clients d'Hydro-Québec n'auront vu leurs dépenses réelles d'électricité au cours d'un hiver reportées au cours des années suivantes pour un montant aussi important que celui proposé mardi par Hydro-Québec.

«Avec les intérêts, cette facture d'électricité invisible pour l'instant, que les clients d'Hydro-Québec ont consommé, et qu'on propose de reporter dans le temps à compter de 2016 pourrait dépasser les 400 M$ avec les intérêts, ajoute M. Moisan-Plante. Sur une base annuelle, il s'agirait alors d'une augmentation globale d'environ 800 M$ que les clients d'Hydro-Québec devront acquitter d'une façon ou d'une autre.»

Un hiver froid

L'hiver 2013-2014 a été particulièrement froid ce qui a provoqué des achats imprévus à cause des aléas climatiques. «Ça arrive tous les six ans. Notre climat est caractérisé par sa variabilité» explique André Cantin Météorologiste à Environnement Canada.

Dans les faits, on n'a jamais vu un hiver aussi froid au Québec depuis l'hiver 2002-2003. Sur une base purement statistique, les clients d'Hydro-Québec pourraient encaisser de nouvelles factures imprévues, qui seraient toujours attribuables aux aléas de la température, avant qu'ils n'aient terminé en 2020 d'acquitter le solde de leur facture d'électricité pour l'année 2013-2014.

Les montants irrécupérables explosent

Pour l'Union des consommateurs, les achats d'électricité d'Hydro-Québec effectués à la dernière minute à «un coût moyen de 17 cents le kWh» risquent d'avoir un impact majeur sur les clients à plus faible revenu.

«On constate une augmentation de 18% des créances douteuses ou mauvaises créances», conclut M. Moisan-Plante.