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L’industrie éolienne en rogne contre Hydro

TVA Nouvelles

Agence QMI

Le vent se lève autour d’Hydro-Québec. Une journée après que la société d’État ait attribué à l’industrie éolienne la hausse de ses tarifs, les producteurs de cette énergie verte répliquent et affirment que la société d’État présente la situation à son avantage tout en dénigrant l’éolien.  
 
« C’est sur que l’éolien est un beau bouc-émissaire. De la façon que la hausse est présentée, ça vient pointer : ce n’est pas ma faute, c’est la faute des autres », affirme sans ambages Jean-François Samray, PDG de l’Association québécoise de la production renouvelable en entrevue à la Chaîne Argent.
 
Selon ce dernier, une bonne partie de la hausse demandée de 3,9 % par Hydro-Québec n’est pas imputable à l’éolien, mais bien à l’achat d’électricité en hiver, lorsque la société d’État vit des pointes de demandes et doit se tourner vers les marchés de court terme à un coût moyen de 18 cents le kilowattheure. 
 
« Il faut retourner le miroir à Hydro-Québec. Dans sa façon de faire sa présentation, ce sont eux qui jettent le blâme sur l’éolien, comme on l’a toujours fait. (…) Pour que je veuille tuer mon chien, je dis qu’il a la gale et tout le monde le croit », a souligné M. Samray en utilisant cette image populaire.   
 
Selon lui, il est difficile de savoir ce que représente le poids de l’éolien dans la hausse réclamée par Hydro-Québec. La société d’État a fourni un document caviardé où certains coûts étaient cachés.  
 
Selon les calculs des producteurs, l’éolien représente environ 28 % de la hausse demandée (1,1 % du 3,9 %). L’an passé, le poids de l’éolien représentait 19 %.  
 
« Mais on le voit, notre industrie n’est pas la seule responsable. Il faut comprendre dans l’équation tous les autres achats post-patrimoniaux », assure-t-il. 
 
Hydro-Québec va-t-elle chercher le juste prix ?
 
Autre critique de l’industrie : la société d’État ne va pas chercher le prix auquel elle a droit lorsqu’elle vend son hydro-électricité aux Américains.  
 
Actuellement, Hydro-Québec obtient en moyenne 4,3 cents le kilowattheure à l’exportation. Or, selon l’industrie, la société d’État pourrait obtenir une prime de 6,6 cents le kilowattheure pour son énergie verte, ce qui ferait en sorte de rentabiliser les projets éoliens qui coûtent environ 9,5 cents le kilowattheure à Hydro-Québec. 
 
« Avec l’éolien, Hydro achète de l’électricité, de la puissance et des attributs environnementaux. Mais il ne vend qu’une chose : l’électricité. Hydro pourrait couvrir ses coûts et faire des profits, s’il monnayait ses attributs environnementaux. On ne sait pas pourquoi on ne le fait pas. Faudrait sûrement demander à Thierry Vandal », s’interroge M. Samray, qui estime que les États américains sont disposés à payer plus pour l’énergie verte.  
 
L’éolien, bon pour l’économie ?
 
Toujours selon les dires de l’industrie, l’éolien est un moteur pour l’économie du Québec ainsi que plusieurs régions. « On parle de 5 000 emplois, de 100 millions $ de retombées fiscales et parafiscales », assure M. Samray. 
 
Aussi, rappelle-t-il, l’économie mondiale sort d’une crise ce qui peut influencer la consommation d’énergie, ce qui explique que le Québec se retrouve en surplus depuis plusieurs années, une situation qui pourrait toutefois changer. 
 
« On l’a vu, à chaque récession, on se retrouve en surplus alors que certaines usines arrêtent de fonctionner. Mais lorsque ça repart, les surplus disparaissent. Donc, la situation peut changer. On voit aussi une demande importante pour le gaz américain, le prix pourrait aussi remonter (NDLR : et faire remonter celui de l’électricité qui suit la même courbe, une situation à l’avantage d’Hydro-Québec) », a souligné M. Samray. 
 
Mardi, la société d’État a répondu aux critiques qui fusaient de toutes parts en tenant l’éolien responsable de la hausse des tarifs alors que son coût d’approvisionnement est de 10 cents le kilowattheure comparativement au coût moyen de 3 cents le kilowattheure. 
 
Des spécialistes critiquent l’éolien
 
Cela dit, certains spécialistes sont également circonspects envers l’industrie éolienne. Selon Jean-Thomas Bernard, il faudrait arrêter les nouveaux projets éoliens. 
 
« Est-ce qu’on doit continuer ? On sait que cela a été fait pour produire de l’énergie propre et aider le développement régional. Mais nous serons en surplus jusqu’en 2020… Donc, il faut se poser des questions, car tous les nouveaux projets éoliens vont entrer dans les coûts d’Hydro-Québec et cela va être refilé dans la facture du consommateur. »