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Spike Lee toujours engagé

Ismaël Houdassine

Le réalisateur américain Spike Lee vient d'arriver en ville pour recevoir un hommage lors du Festival international du film black de Montréal. L'événement qui avait déjà reçu Danny Glover et Harry Belafonte, lui a déroulé son tapis rouge mercredi soir pour la présentation de son dernier film, Da Sweet Blood of Jesus, en première internationale.

Fidèle à ses habitudes, Spike Lee, toujours flanqué de ses grosses lunettes, est arrivé en tenue décontractée, le sourire aux lèvres. «C'est un honneur et un privilège de recevoir une icône comme Spike Lee, a déclaré en conférence de presse Fabienne Colas, fondatrice du festival qui célèbre sa dixième édition.

Même si le réalisateur de Malcolm X se prête sans gêne à l'exercice médiatique, on sent toujours l'homme concerné par les inégalités raciales et la place des Afro-Américains dans son pays. C'est sans doute pourquoi il n'a pas voulu s'épancher sur nouveau film. «Allez le voir», a-t-il simplement lancé.

À ce titre, le réalisateur s'éveille et devient passionné lorsqu'on lui parle de la société américaine et la diversité dans l'industrie du cinéma.

«Il reste encore beaucoup de travail à faire pour amener de la diversité à Hollywood. Les noirs, mais aussi les Asiatiques et les femmes, sont encore sous-représentés, en particulier dans les postes de décisions, accaparés par les hommes blancs».

Le réalisateur a réussi à s'imposer à Hollywood en offrant des films qui mettent en scène une communauté afro-américaine à mille lieues des clichés ou de la caricature. «J'aime mon métier, mais l'industrie du cinéma est un monde très dur. Pour réussir dans ce milieu, il faut une grande confiance en soi, celle qui vous pousse à continuer sans être certains d'y arriver».

Violence policière

Le réalisateur de 57 ans n'a jamais eu la langue dans sa poche. Sa carrière cinématographique constituée d'une trentaine de longs métrages a souvent créé la polémique. «Il y a toujours des injustices qui méritent qu'on se mette en colère. Dans mes films, je dis ce que je pense, voilà tout», a-t-il affirmé.

Et les sujets ne manquent pas. Le meurtre d'un jeune noir par un policier blanc en août dernier à Ferguson dans le Missouri est venu raviver les tensions raciales aux États-Unis.

«La police agit sans contrôle, a-t-il dit. La violence est un grave problème, mais malheureusement cela fait partie de l'ADN de mon pays».

Il y a tout juste 25 ans sortait sur les grands écrans Do the Right Thing. Avec ce quatrième film, le réalisateur y dressait déjà le portrait urbain d'une communauté afro-américaine en proie aux tensions raciales où l'un des personnages se fait tuer par la police.

«À l'époque, je n'aurais jamais pensé qu'un président noir serait élu à la Maison-Blanche, a-t-il dit. Sinon, la situation des noirs est aussi désastreuse. Le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de s'élargir et de voir qu'il existe autant de violence policière me révolte. Cela suffit!».