/regional/montreal

Les coupes font mal

Pascale Déry

Manque d'espace, de personnel, de temps et d'équipement, la situation à la Cité de la santé de Laval est préoccupante. Une équipe de J.E. est allée constater l'ampleur du problème dans les unités de débordement de l'urgence du CSSS.

«Hier j'avais 12 patients, six autonomes, puis je n'avais pas le temps de m'occuper des six autres! Ça te donne une idée?» nous a confié un préposé aux bénéficiaires.

Depuis le début du mois d'octobre, huit postes de préposés aux bénéficiaires ont été supprimés dans les unités de débordement de l'urgence. Selon le syndicat, c'est 25% du personnel qui a été retranché. «Coupez, mais pas là! On ne peut pas couper à cet endroit-là, c'est déjà la brousse. Coupez ailleurs!», a déclaré Marjolaine Aubé, présidente du syndicat.

Mais la direction parle plutôt d'une réorganisation du travail. Elle affirme qu'aucun poste n'a été supprimé. Les employés sont simplement affectés à d'autres tâches dans l'hôpital. «Ils sont en période d'adaptation, donc c'est plus exigeant pour eux. Et on les accompagne dans ce changement-là», a dit Lucie Gagnon, directrice des soins infirmiers.

Mais les préposés sont épuisés et surtout très découragés. Ils n'ont plus le temps de donner un bain ou une douche à leurs patients. «Ce sont des toilettes partielles, au lit ou au lavabo. Le signe de la croix comme on l'appelle», a expliqué la présidente du syndicat. «Quand on lave un client au débordement, c'est le visage, les aisselles, les mains et les parties génitales», a précisé Mme Aubé.

«Ma mère n'a pas été lavée pendant dix jours!»

La mère de Danita a été hospitalisée à l'unité de débordement durant neuf jours. Ce n'est que la dixième journée, lorsqu'elle est montée à l'étage, que la patiente a eu droit à un bain, au grand soulagement de sa fille. «Les patients viennent-ils à l'hôpital pour prendre un bain ou pour se faire soigner?», a rétorqué la directrice des soins infirmiers.

Le hic, c'est que le séjour est long, donc le bain le devient tout autant. Selon le syndicat, le délai d'hospitalisation est en moyenne de deux semaines, alors que le CSSS soutient plutôt qu'il est de deux jours et demi.

Quoi qu'il en soit, la situation actuelle pourrait s'éterniser puisque ces coupes, ou encore cette réorganisation du travail, ne fait que commencer.

«On n'a pas coupé à l'aveugle pour couper, a affirmé Mme Gagnon. On a regardé ça de manière très sérieuse et basé sur les meilleures pratiques aussi. Pour les prochaines coupes qui vont venir, je ne peux pas vous dire ce que l'on va faire.»