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Moduler les frais de garde nuirait à l’économie

TVA Nouvelles

La modulation des frais de garde à contribution réduite serait néfaste pour l’économie québécoise. La décision forcerait certains parents à quitter le marché du travail, malgré des revenus intéressants, croient des observateurs consultés par Argent.

Certains avancent même que des familles renonceraient au projet d’avoir un deuxième ou un troisième enfant. «Plusieurs ménages n’auront pas les moyens d’absorber une hausse des frais de garde. Ils vivent déjà d’une paie à l’autre», a analysé Sylvie De Bellefeuille, responsable du service budgétaire et juridique chez Option consommateurs.

Le Devoir a révélé mercredi que le gouvernement Couillard s’apprêterait à moduler les frais de garde des CPE et des garderies privées subventionnées en fonction du salaire des parents.

À compter du 1er avril 2015, un tarif minimum de 8 $ par jour serait créé et une contribution supplémentaire serait demandée aux parents, en fonction des revenus. Un ménage gagnant un revenu net de 75 000 $ et moins paierait 8 $ pour une journée alors qu’une famille dont les revenus varient de 75 000 $ à 100 000 $ devrait payer de 8 à 12 $.

Selon les données du Conseil des ministres, obtenues par «Le Devoir», un ménage ayant un revenu net allant de 150 000 $ à 200 000 $ devrait débourser entre 15 $ et 20 $ par enfant tous les jours. Le coût d’une place en garderie coûterait donc entre 2080$ et 5 200$ par année. À 7,30$ par jour, le tarif actuel, la facture atteint 1898$, annuellement.

«Ce n’est pas parce qu’une famille a un revenu annuel de 150 000$ qu’elle est au dessus de ses affaires», a ajouté Mme De Bellefeuille. Elle est convaincue que plusieurs ménages vont se demander s’il serait préférable que le conjoint ayant le revenu inférieur quitte le marché du travail pour s’occuper des enfants, compte tenu de tous les autres frais liés à l’exercice d’un emploi.

Louis Senécal, le directeur général de l’Association des CPE du Québec, est indigné de la mesure que Québec songe instaurer. «Personne au Québec paie plus cher pour aller à l’hôpital ou à l’école parce que les parents ont des revenus plus élevés», a-t-il commenté, précisant que les parents québécois paient déjà pour le service via leur impôt.

M. Senécal trouve déplorable que les Libéraux s’attaquent aux jeunes familles pour résorber le déséquilibre budgétaire. «L’argent ne servira pas à améliorer le réseau des CPE. Il va servir à lutter contre les déficits et les dettes des autres générations», a-t-il dit.

En 2012, une étude de la Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques concluait que les services de garde à contribution réduite étaient bénéfiques pour l’économie. L’étude pilotée par Luc Godbout, aujourd’hui à la tête de la Commission d’examen sur la fiscalité, indiquait qu’en 2008, 70 000 mères de plus avaient pris la décision d’exercer un emploi,  permettant d’augmenter le PIB du Québec de 5 G$. 

«Nous en concluons que, du point de vue budgétaire, le programme des services de garde à contribution réduite est financièrement rentable pour les deux gouvernements », pouvait-on lire dans l’étude.

Selon Statistique Canada, en 2012, le revenu total médian d’une famille de Montréal était de 71 390 $, de 67 170 $ à Trois-Rivières et de 81 900 $ à Québec. Médian signifie que 50 % des familles gagnent moins et l'autre moitié gagne plus.

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