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Un cauchemar de faire des affaires au Québec

TVA Nouvelles

Brasser des affaires au Québec est devenu un véritable cauchemar, selon le président et chef de la direction de la minière Ressources Strateco (RSC) (TSX) . Guy Hébert en sait quelque chose. Après sept années de travail et un investissement de 145 M$, le gouvernement québécois a bloqué le projet de mine d’uranium de Strateco.

Le projet Matoush, situé dans les monts Otish, au nord de Chibougamau, se trouverait sur la deuxième plus grande réserve d’uranium dans le monde, après les gisements de la Saskatchewan. Ressources Strateco évalue que sa mine aurait pu générer des retombées de 800 M$ en une décennie, sous la forme de salaires pour les travailleurs et de redevances versées à l’État.  

«Le gouvernement nous a incité à investir dans l’uranium. La Loi sur les mines le permettait, le ministère de l’Environnement reconnaissait que l’impact d’une exploitation serait négligeable. Mais, après nous avoir accordé une trentaine de permis au fil des ans, Québec (NDLR : sous le gouvernement Marois) nous a dit non car on avait pas l’acceptabilité sociale, auprès de certains cris», a exprimé Guy Hébert, rencontré chez Strateco, à Boucherville.

L’homme d’affaires, qui a participé à la mise sur pied de deux mines, une d’or et une de métaux de base, dans les années 1980 et 1990, déplore que les mouvements d’opposition aient autant de pouvoir sur les projets de développement économique.

Il a écorché au passage le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui a refusé d’entendre Strateco dans le cadre de ses audiences sur le projet Matoush. Guy Hébert a du s’associer à la Fédération des chambres de commerces du Québec (FCCQ) pour accéder au BAPE.

«Au Québec, l’opposition vient d’une dizaine de personnes, qui sont liées à deux, trois groupes, environnementalistes, par exemple. Toujours les mêmes opposants. Pour la cimenterie, les pipelines, les projets miniers et industriels», a lancé M. Hébert.

Le patron de Strateco croit que le Québec industriel qu’on connaît, qui a été développé il y a une quarantaine d’années, parfois plus, et qui emploie des dizaines de milliers de travailleurs, ne pourrait pas être recréé dans le contexte actuel, compte tenu de tous les mouvements d’opposition.

«Va falloir que le gouvernement fasse de quoi. Il n’est pas possible de faire un projet au Québec. Si ce n’était pas des industries qu’on a déjà, je ne sais pas de quoi on vivrait dans cette province. Il n’y aurait certainement pas de barrage à la Baie James et d’usines près des villes», a analysé le dirigeant.

Les difficultés rencontrées par Ressources Strateco rendent Guy Hébert nostalgique. L’homme d’une soixante d’années soutient que faire des affaires était plus simple au début de sa carrière. Les deux autres projets miniers dans lesquels il s’est investi ont été mis en production en seulement neuf ans.

«Ça nous a pris moins d’une décennie, en incluant la découverte des gisements, le financement, la construction et la mise en opération. À Matoush, on travaillait depuis près de dix ans et nous étions encore en phase d’exploration», a dit M. Hébert.

L’homme d’affaires dit également rencontrer des difficultés avec l’État dans le cadre d’un autre projet d’investissement, une mariculture, soit un élevage de pétoncles, qu’il veut mettre sur pied avec son fils, en Gaspésie. La famille Hébert a injecté près de 6 M$ dans cette aventure, en tout respect des lois et des règlements, encore une fois.

«Un fonctionnaire du ministère du Revenu vient de nous refuser un crédit d’impôt de 1,5 M$ auquel on a droit, selon les règles. Nous avons pris la décision d’investir parce qu’on pouvait obtenir le crédit. On a même un avis du MAPAQ (NDLR : ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec) qui stipule que notre projet se qualifie pour le crédit», a dit l’entrepreneur.

M. Hébert est tellement échaudé qu’il a de plus en plus le goût d’aller investir à l’extérieur du Québec.

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Quel avenir pour Strateco ?

Ressources Strateco est pratiquement condamnée à devenir une coquille vide. La petite minière qui s’échangeait aux environs de 25 cents en Bourse, il y a deux ans, vaut à peine plus de six cents, aujourd’hui. Sa capitalisation boursière se chiffre à seulement 14 M$.

«Matoush est mort! Il n’est pas possible de récupérer la valeur du projet ou de le refinancer même si nous arrivions à obtenir le permis. C’est pour ça qu’on poursuit Québec», a affirmé Guy Hébert, président et chef de la direction de Ressources Strateco.

De plus, les projets uranifères de la filiale SeqUr, situés en Saskatchewan, seront bientôt essaimés pour former une entreprise indépendante de Strateco. Le principal actif de la société de Boucherville sera la poursuite de 190 M$, déposée contre le gouvernement québécois.

La minière conservera aussi ses titres miniers québécois et de plus petit projets, qui n’ont pas de valeur commerciale. «On est plus qualifié pour réaliser le projet Matoush. Donc, les actionnaires qui ont investi dans Strateco ont décidé de plier bagage. Ils se sont dit qu’il n’y a plus rien à faire ici. Si Québec veut pas, il veut pas», a dit Guy Hébert.

Le patron a toutefois indiqué que la direction et les actionnaires de Strateco vont se battre pour récupérer les millions investis dans le projet Matoush. Ils sont plutôt confiants de l’emporter puisqu’une minière a obtenu un généreux dédommagement du gouvernement de la Colombie-Britannique, à la suite de l’imposition d’un moratoire sur l’exploitation d’uranium. La cause de Strateco sera entendue dès le mois de janvier.

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Deux questions à Guy Hébert

Qui sont les acheteurs d’uranium?

«Environ 98% de la production est vendue aux producteurs d’électricité. Le reste pour des applications industrielles, pour faire des scans médicaux ou fabriquer des détecteurs de fumée, par exemple. Pour les producteurs d’électricité, il y a énormément de potentiel car la Chine et l’Inde construisent beaucoup de centrales nucléaires. Pour la planète, c’est préférable aux centrales au charbon. On ne peut pas faire de l’hydroélectricité, partout.»

Qu’est-ce qu’on fait avec les résidus des mines?

«Les résidus doivent obligatoirement être enfouis et enterrés dans des fosses étanches, pour une période de 1000 ans car ils peuvent être radioactifs. Il est également important de contrôler les radiations et les émanations de gaz radon.»