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Aînés et abus financiers

La prévention fonctionne

TVA Nouvelles

Agence QMI

L’exploitation financière des personnes âgées est de mieux en mieux dépistée à la source au Québec. Depuis quatre ans, une panoplie de programmes et de formations outillent les plus vulnérables contre les abuseurs, qui sont fréquemment leurs proches.

« Je ne peux pas vous dire si l’exploitation financière des aînés est un phénomène en croissance ou si c’est la sensibilisation qui fonctionne de plus en plus, avec davantage de dénonciations », déclare Caroline Bouchard, attachée politique, dossiers socio-économiques, au Réseau FADOQ (le plus important regroupement de personnes de 50 ans et plus de la province).

Un programme d’information du Réseau FADOQ, Aîné-Avisé, a touché plus de 40 000 personnes depuis 2010. Cette année-là, le gouvernement du Québec a adopté un plan d’action, la Commission des droits de la personne a mis sur pied une équipe d’intervention spécialisée, l'Association québécoise de défense des droits des retraités a conçu une trousse conte les abus, et plusieurs autres.

Le nombre de plaintes déposées à la Commission des droits de la personne pour exploitation financière des personnes âgées (interdite par l’article 48 de la Charte des droits et libertés) est passé de 11 en 2007-2008 à 92 en 2011-2012. Depuis lors, environ 85 dossiers ont été ouverts chaque année.

À la Banque Nationale, les employés ont l’obligation depuis le printemps dernier de référer toute transaction suspecte (virements répétés, demandes insistantes de la part d’un individu qui possède une procuration au nom d’un client âgé, etc.) aux services légaux de l’institution. La Banque peut même retirer unilatéralement une procuration.

Victimes et abuseurs types

« La victime type est souvent une personne seule, pas nécessairement riche, qui a délégué une partie de ses responsabilités financières à un membre de sa famille », explique Caroline Bouchard.

Outre les proches, des travailleurs du secteur de la santé, de l’hébergement ou de la finance peuvent profiter de personnes âgées vulnérables. Sans oublier le télémarketing frauduleux et le hameçonnage sur Internet.

Un stratagème bien connu : un individu contacte des grands-parents, se fait passer pour un ami d’un petit-fils ou petite-fille, ce dernier ou cette dernière serait en détresse, il faut de l’argent au plus vite. « Beaucoup de personnes âgées se sont fait prendre », affirme Marie Beaulieu, professeur à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées.

« Des gens se font léguer une maison contre promesse de s’occuper de leurs parents âgées, mais vont expulser leurs parents. Il y a aussi des pressions pour toucher un héritage avant le temps », poursuit l’universitaire.

Les dégâts financiers sont difficiles à évaluer, car il n’existe pas d’études exhaustives sur le sujet — au Québec du moins. Aux États-Unis, les pertes annuelles pour l’ensemble des victimes sont passées de 2,6 à 2,9 milliards $ de 2009 à 2011 seulement, peut-on lire dans un ouvrage dirigé par Marie Beaulieu et d’autres spécialistes, L’exploitation financière des personnes aînées : prévention, résolution et sanction (Éditions Yvon Blais, décembre 2014).