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Les Beaudoin perdent du galon

Michel Girard

Agence QMI

Quand ta propre famille contrôle la compagnie et que tu perds ton job de grand patron au profit d’un gars de l’extérieur, il y a de quoi s’interroger sur tes qualités de leader et de bon gestionnaire.

Six ans après avoir été promu au poste de président et chef de la direction de Bombardier, Pierre Beaudoin doit tirer sa révérence pour céder sa place à Alain Bellemare, un ex-haut dirigeant de la multinationale United Technologies, dont Pratt & Whitney fait partie. 

Pierre Beaudoin est « promu » au poste de Président exécutif du conseil d’administration, remplaçant ainsi son père Laurent Beaudoin, qui  se contente de devenir président…  émérite.

Comme on sait,  la multinationale Bombardier est contrôlée par Laurent Beaudoin et ses proches de la famille Bombardier, lesquels détiennent la majorité des droits de vote.

Mettons les cartes sur table. Le vrai patron d’une entreprise… c’est le président et chef de la direction. C’est lui qui dirige les opérations quotidiennes. Président exécutif du CA c’est un poste certes important mais… sans commune mesure avec le rôle et les fonctions du principal dirigeant  de l’entreprise.

Pourquoi

Pourquoi remplace-t-on Pierre Beaudoin à la tête des opérations de Bombardier ?

Tout simplement pour essayer de redonner un nouvel élan à la multinationale québécoise et pour assainir son bilan financier, hausser sa rentabilité et… requinquer le titre de l’action.

Le remplacement de Pierre Beaudoin était sans doute grandement souhaité par les autres gros actionnaires de l’entreprise.

Quand une entreprise est inscrite en Bourse, on te juge inévitablement en fonction de la performance boursière du titre. Et celle-ci est évidemment tributaire de plusieurs facteurs, dont la croissance des revenus, le bénéfice, le carnet de commandes, le bilan financier, le plan de développement, etc.

Lorsque Pierre Beaudoin a pris la tête de Bombardier, en juin 2008, l’action se négociait à 8,80, pour une capitalisation boursière de l’ordre de 15,4 milliards de dollars.

Six années plus tard, l’action végète dans la fourchette des 2,50$ à 2,80$, pour une valeur boursière de 4,8 milliards.

L’ensemble des actionnaires de Bombardier ont donc vu la valeur de leur multinationale fondre de 68 % au cours du règne de Pierre Beaudoin.

Et les « patients » actionnaires qui ont conservé leurs actions de Bombardier depuis le début des années 2000 doivent être incommensurablement  déçu puisque le cours de l’action est parti d’un haut de 26,30$ (août 2000) pour se ramasser aujourd’hui à seulement 2,70$. Ce qui équivaut à un effondrement de 90 %.

L’avenir

Le nouveau président et chef de la direction Alain Bellemare réussira-t-il à remettre Bombardier sur la voie de la prospérité?

La multinationale a des défis immenses à surmonter au fil des prochains trimestres, dont l’envol du nouvel avion CSeries, l’assainissement du bilan financier, le retour à la rentabilité, le redressement du titre en Bourse.

Outre le changement de la haute direction, au nombre des raisons pouvant expliquer la chute 11,5% de l’action de Bombardier hier (BBD.B : 2,69$), il y a l’élimination surprise du dividende de la compagnie et la dilution du capital-actions par suite de l’émission de nouvelles actions pour une valeur globale de 600 millions de dollars.