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Le Cirque libéral

Michel Girard

Agence QMI

Que le bloc contrôle du Cirque du Soleil tombe entre les mains de deux fonds étrangers, cela n’inquiète plus le gouvernement Couillard.

Son ministre de l’Économie, Jacques Daoust, se dit aujourd’hui rassuré de voir la Caisse de dépôt et placement du Québec acquérir un  bloc de 10% du nouvel actionnariat du Cirque du Soleil. Ce qui, aux yeux du gouvernement libéral, serait semble-t-il suffisant pour garantir que le siège social du célèbre cirque reste à Montréal.

Belle pirouette!

Il y a à peine quelques jours, le premier ministre Philippe Couillard manifestait lui-même une vive inquiétude à propos des récentes rumeurs lassant justement présager que Guy Laliberté s’apprêtait à céder  le contrôle de son Cirque à des intérêts étrangers.

Ce qui serait aujourd’hui chose faite, officieusement parlant, alors que le fonds américain TGP Capital et le fonds chinois Fosun Capital Group mettent la main sur 80% du capital-actions.

Mais comme la Caisse détiendrait  10% des actions et que le fondateur du Cirque Guy Laliberté conserverait un bloc de 10 %, cela suffirait aux yeux du ministre Daoust pour assurer la survie montréalaise du célèbre Cirque.

Quelle vision optimiste !

Le pouvoir

Tant mieux si avec seulement 20% du capital-actions les Québécois réussissent à conserver le siège social à Montréal. 

Mais ne nous leurrons pas. Ce n’est plus une société québécoise qui détient le contrôle du Cirque, ce sont des fonds étrangers.

Quand le Cirque va re…traverser des périodes difficiles, nous n’aurons aucune emprise pour les inciter à protéger le siège social montréalais.

Jacques Daoust a beau dire que ça le rassure de voir que le Cirque ne tombe pas sous le contrôle d’une entreprise de divertissement (comme Disney par exemple), moi, je n’y vois rien de rassurant.

Des fonds d’investissement comme TPG Capital acquièrent des entreprises dans  le but de les valoriser financièrement et de les revendre. Ce n’est sûrement pas avec nos 20% d’intérêt du Québec (la Caisse, avec Laliberté) que l’on va réussir à donner des ordres aux dirigeants de TPG.

L'erreur

Cela fait quelques années que des rumeurs laissent croire que Guy Laliberté cherchait à réduire sa participation dans le Cirque du Soleil. Il faut dire que la sévère crise financière de 2008-2009 a ébranlé les colonnes du Cirque alors que des spectacles avaient été suspendus et que des mises à pied avaient été effectuées. 

Les partis d’opposition, le PQ et la CAQ, avaient récemment lancé des cris d’alarme dans le but de sauver justement le Cirque du Soleil d’une mainmise étrangère.

Ni le gouvernement Couillard, ni la Caisse de dépôt n’ont tenté de rassembler un groupe d’investisseurs québécois en vue d’effectuer une offre d’achat dans le but de conserver le contrôle du Cirque du Soleil au Québec.

Le premier ministre Philippe Couillard a déclaré hier qu’il était hors de question pour son gouvernement d’intervenir dans la revente d’une propriété privée, et de demander à la Caisse d’intervenir afin de protéger le siège social.

Résultat : le Cirque s’envole dans les mains des Américains et des Chinois.