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Les pénitenciers abusent de l'isolement des détenus

Dominique La Haye

Les pénitenciers abusent de l'isolement des détenus, la forme d'incarcération la plus grave, rapporte l'enquêteur correctionnel du Canada.

L'isolement préventif est imposé de façon «excessive», souligne l'enquêteur Howard Sapers, dans un rapport rendu public jeudi. Il s'agit d'une tendance qui persiste depuis plus de 20 ans au point d'être devenue «une pratique généralisée dans les établissements fédéraux», poursuit-il.

L'enquêteur précise qu'au cours du dernier exercice, plus de la moitié des détenus ont été placés en isolement préventif, soit 8300 sur une population carcérale totale de 14 500 personnes.

Les détenus en isolement passent 23 heures par jour seuls dans leur cellule qui comprend un lit et une toilette. Ils prennent tous leurs repas seuls dans la cellule et sont autorisés à faire de l'exercice à l'extérieur une heure par jour.

«On ne peut éluder le fait que l'isolement préventif est devenu une pratique abusive pour gérer la population afin de dissiper les tensions et de régler les conflits dans les établissements correctionnels fédéraux», explique l'enquêteur.

En 2014-2015, moins du tiers (27%) des détenus ont fait l'objet d'au moins un placement en isolement préventif, alors que près de la moitié (48%) de la population carcérale actuelle a fait l'objet d'un placement en isolement au moins une fois au cours de la durée de la peine.

Selon l'enquêteur, Service correctionnel Canada a recours aux placements en isolement pour gérer les comportements associés à la maladie mentale. D'après le rapport, les détenus en isolement préventif sont deux fois plus susceptibles de présenter des antécédents d'automutilation et de tentative de suicide, et 31 % sont plus susceptibles d'éprouver un problème de santé mentale.