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Tourisme : ramener le Canada au top 10 mondial

TVA Nouvelles

De 1950 à 2000, le Canada a fait partie du palmarès des 10 destinations les plus visitées du monde. Depuis 10 ans, le pays a attiré près de 4 millions de visiteurs de moins par année. Comment renverser la vapeur ?

L’Association québécoise de l'industrie touristique (AQIT) et d’autres intervenants du tourisme québécois ont dévoilé jeudi à Montréal un plan d’action pour ramener le Canada au palmarès des 10 destinations mondiales : attirer davantage de visiteurs des États-Unis, faciliter le transport aérien, éliminer les visas pour les voyageurs du Mexique et du Brésil, et plusieurs autres.

Outre les efforts en marketing, l’AQIT et ses partenaires proposent de doter l’organisme Destination Canada d’un budget de 100 millions $, d’abolir la taxe de vente fédérale dans les marchés étrangers pour les produits et services liés aux voyages, de confirmer l'investissement de 2,8 milliards $ annoncé dans le budget fédéral 2015 pour les sites et parcs nationaux.

À quelques jours de la Journée mondiale du tourisme (le 27 septembre), l’AQIT et les autres intervenants, dont le Regroupement des événements majeurs internationaux, Tourisme Montréal, les associations touristiques régionales, etc., profitent donc de l’occasion pour interpeller les partis fédéraux en campagne électorale.

La marginalisation du Canada

« Le nombre de destinations touristiques a augmenté depuis 1950 et le Canada n’a pas progressé, donc on a perdu notre rang », explique François Bédard, titulaire intérimaire de la Chaire de tourisme Transat (École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal).

« Lorsque la concurrence augmente, il faut augmenter le budget de marketing. Or il y a eu un désinvestissement dans la promotion du tourisme, notamment de la part du gouvernement canadien », poursuit François Bédard.

L’universitaire souligne également que le « produit » touristique canadien se renouvelle difficilement, que l’on a laissé vieillir des infrastructures, etc., ce qui n’attire pas les touristes avides de nouveauté.

Les 10 pays les plus fréquentés par les touristes, en 2014, étaient la France, les États-Unis, l’Espagne, la Chine, l’Italie, la Turquie, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie et le Mexique, selon l’Organisation internationale du tourisme.

Les Amériques affichaient la plus forte croissance de touristes internationaux l’an dernier, mais le Canada est demeuré à la traîne. Le Mexique a déclaré une croissance de 20 %, l’Argentine de 13 %, la République dominicaine de 10 %, les États-Unis de 7 %... et le Canada, un maigre 3 %.

De plus, les touristes américains délaissent le Canada : « Les dépenses des touristes américains au Québec sont en baisse presque constante depuis l’année record 2002 », indique une publication du ministère québécois du Tourisme.

Le Conference Board du Canada prévoit que la fréquentation touristique au Canada croîtra de 2,6 % en 2015, en partie grâce à la diminution du prix de l’essence et la faiblesse du dollar canadien. Cette croissance sera inférieure à celle du tourisme mondial, qui était de 4,3 % l’an dernier et qui devrait être aussi dynamique cette année.

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Q. : Il y a un potentiel extraordinaire dans le tourisme mondial, alors qu’on compte un milliard de touristes sur la planète. Qu’est-ce que cela représente ?

« Il y a un aéroport qui se construit aux trois semaines en Chine. On prévoit que la croissance du tourisme sera de 4 % par année au cours des 15 prochaines années. Le paradoxe épouvantable, c’est que le Canada est l’un des seuls pays qui a reculé. Mais il y a une équation simple, c’est qu’on met présentement 59 millions $ en promotions touristiques, alors qu’à l’époque où Canada était au 8e rang, nous en mettions 100 millions $. La Nouvelle-Zélande, qui est huit fois plus petite que le Canada, en met 125 millions $ par année. (...) Ce qu’on dit aux gouvernements, c’est que vous avez une business de 89 milliards $, malgré le fait que nous soyons en 18e position, vous récoltez 9,3 milliars $ en taxes et vous mettez 55 millions $. Ça vous ne tenterait pas d’en mettre un peu plus ? »

Q. : Ce que vous nous dites, c’est qu’on est en train de regarder passer la parade ?

« Exactement. Le tourisme va bien mondialement. Tout ce qu’on demande au gouvernement québécois, c’est de créer Tourisme Québec, [un organisme] qui serait un mélange du privé et de fonctionnaires pour faire la promotion, et que le ministre du Tourisme s’occupe du produit. Et ce qu’on demande au gouvernement fédéral, c’est de mettre plus d’argent, car le Canada fait presque rire de lui avec son budget, qui est moins élevé que certaines entreprises privées, pour promouvoir un pays ».

Q. : Qu’est-ce que les grands partis en campagne électorale proposent ?

« On sait déjà que les hauts fonctionnaires, les sous-ministres sont conscients du problème. Cela n’a aucun sens. Que ce soit les Conservateurs, les Libéraux ou le NPD, tout le monde va s’entendre qu’il faut faire quelque chose. Ce n’est pas du quêtage qu’on fait, ça rapporte tellement de taxes ».

Q. : Comment expliquer que le gouvernement n’ait pas encore fait cette équation ?

« Peut-être que les priorités étaient ailleurs. À Québec, nous avons déposé un rapport en 2011 qui a été accepté par le gouvernement. Mais il y a eu deux élections et des changements de ministres. Tout le monde s’entend sur ce qu’il faut faire, mais il faut le faire ! Au fédéral, on propose une série de mesures. Ça prend juste une volonté et une priorisation. On veut être en haut de la liste et qu’on le règle ! Il y a 625 000 emplois directs et 1,5 million d’emplois indirects au Canada dépendent du tourisme. C’est un emploi sur 10 au Canada ».