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Emporté par le cancer

René Angélil s'éteint à 73 ans

Agence QMI

René Angélil, le mari et complice de longue date de Céline Dion, est décédé jeudi matin, à Las Vegas, au Nevada.

«C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons que René Angélil, 73 ans, est décédé [jeudi] matin à sa résidence de Las Vegas après un long et courageux combat contre le cancer. La famille souhaite vivre le deuil en toute intimité. D'autres informations vous seront communiquées dans les prochains jours», a transmis jeudi après-midi le bureau de Francine Chaloult, qui s’occupe depuis des années des relations publiques du couple.

L’impresario est mort alors qu’il était sous les soins d’un médecin, selon le «Las Vegas Sun», qui cite le coroner John Fudenberg du comté de Clark. Il est mort de causes naturelles et aucune enquête n’est envisagée.

Dans les circonstances, la chanteuse a annulé ses deux représentations du week-end au Colosseum du Caesars Palace.

Une longue et solide relation

Le destin de René Angélil est à jamais lié à celui de la célèbre chanteuse québécoise, Céline Dion, avec qui il a partagé 35 ans de sa vie professionnelle et personnelle. Il a été pendant toutes ces années le maître d’œuvre de la carrière de la vedette internationale.

Ensemble, ils ont conquis la planète musicale, lançant des dizaines d’albums, puis pilotant d’impressionnantes tournées mondiales sur les cinq continents. Ils ont contribué à donner un second souffle à la ville du jeu, Las Vegas, dont l’économie vacillait avant qu’ils s’installent sur le Strip, en 2003.

Enfance à Villeray

Né le 16 janvier 1942 d'un père d'origine syrienne, Joseph Angélil, et d'une mère canadienne d'origine libanaise, Alice Sara-Angélil, René Angélil grandit dans le quartier Villeray, à Montréal. Passionné par la musique et le «show-business», il se fait connaître au début des années 1960 avec le groupe Les Baronets, aux côtés de Jean Beaulne et Pierre Labelle.

Très vite, le trio devient très populaire au Québec, principalement grâce à ses interprétations francophones des plus grands succès des Beatles, comme «C’est fou, mais c’est tout» («Hold me Tight») et «Ça recommence» («It Won’t Be Long)».

Le groupe se dissout en 1972 et René Angélil se réoriente alors vers une carrière d’imprésario. Il fait ses premières armes aux côtés de Guy Cloutier, avec qui il s’occupe de la carrière du jeune René Simard. Désireux de faire connaître le chanteur en sol américain, les deux hommes essuient un échec après des négociations avec CBS Records.

De son mariage avec Denise Duquette, en 1966, naît deux ans plus tard son premier enfant, Patrick. René Angélil se sépare en 1972 pour s’unir à la chanteuse populaire Anne Renée. Ils se marient le 23 juin 1973 et ont ensemble deux enfants, Jean-Pierre (1974) et Anne-Marie (1977). Le couple rompt en 1986.

La rencontre avec Céline

En 1979, René Angélil fonde sa propre compagnie et gère la carrière de Ginette Reno. C’est lui qui insiste pour que la chanteuse enregistre la pièce désormais incontournable «Je ne suis qu’une chanson».

L’album se vend à plus de 350 000 copies. Or, René rêve d’un succès international pour son artiste. Ginette Reno prend la décision de confier les rênes de sa carrière à Alain Charbonneau, l’homme qu’elle fréquente à l’époque. «Je suis sûr que Ginette va comprendre un jour qu’elle a fait une erreur, une citation d’Angélil qui se retrouve dans «Le maître du jeu» de Georges-Hébert Germain, au sujet de ce moment. Peut-être même qu’elle le sait déjà, mais elle agit par amour. C’est une femme de cœur.»

René pense alors abandonner le métier. En 1981, il reçoit par messager une cassette démo d’une adolescente de Charlemagne, âgée de 12 ans, Céline Dion. La jeune fille y interprète trois chansons, dont une composée conjointement par sa mère, Thérèse, et son frère, Jacques, «Ce n’était qu’un rêve». D’abord hésitant, René finit par écouter les pièces sous l’instance de la famille.

Il flaire le potentiel et se consacre alors exclusivement à la représentation de la jeune Céline Dion. «Je me donne cinq ans pour faire de votre fille une star», promet-il à celle qu’on nomme affectueusement Maman Dion. Il demande alors au parolier français Eddy Marnay, rencontré alors qu’il voulait propulser Ginette Reno en France, d’écrire les chansons du premier album de Céline, «La voix du Bon Dieu».

Menée par Angélil, la carrière de Céline Dion connaît une ascension fulgurante, d’abord au Québec, puis dans le reste du Canada et en France. Céline est la première chanteuse canadienne à recevoir un disque d’or en France pour la vente de 500 000 albums.

«Souvenez-vous de son nom, car vous n’oublierez jamais sa voix», se plaît à répéter René, reprenant la formule prononcée en 1983 par l’animateur français Michel Drucker, qui a organisé la première apparition télé de Céline en France.

Le travail d’Angélil est couronné par le Félix du gérant de l’année deux ans de suite, en 1987 et en 1988. C’est aussi à ce moment que sa jeune protégée et lui signent au sein de CBS (qui deviendra Sony BMG), et lancent l’album «Incognito», en 1987. Afin d’étendre la carrière internationale de Céline vers les États-Unis, René demande à la diva d’interpréter «Partout je te vois» en anglais, qui devient «Have a Heart». L’album «Unison», le premier en anglais, sort en 1990, ce qui permet une percée sur le marché américain.

Les débuts du couple

Au début des années 1990, l’amour s’installe doucement entre René et Céline, de 26 ans sa cadette.

Le 17 décembre 1994 a lieu le mariage de l’année, Céline Dion et René Angélil convolent en justes noces à la basilique Notre-Dame de Montréal devant 500 invités, un an après avoir dévoilé leur amour au grand jour. Le mariage attire plus de 200 médias de partout à travers le monde, dont «Entertainment Tonight» et «Paris Match».

Peu de temps après avoir rendu leur union publique, Céline et René rencontrent les journalistes: «Céline est la femme de ma vie. C’est certain. Je suis ravi de la femme qu’elle est devenue. Si pure, si belle en dedans. Elle a de belles valeurs», confie alors l’imprésario au «Journal de Montréal».

«C’est merveilleux de partager un conte de fées, ajoute Céline. René, c’est l’homme de ma vie. Il accepte tout de moi y compris mes défauts.»

René-Charles, le premier fils du couple, naît le 25 janvier 2001, et les jumeaux Nelson et Eddy, le 23 octobre 2010.

Las Vegas, le jeu et la vie

Déployant le talent de son épouse sur les cinq continents, René Angélil transforme le paysage de Las Vegas en 2003, lorsqu’il signe un contrat, initialement de trois ans, mais prolongé de deux ans, pour le spectacle en résidence «A New Day...». Une salle de 4000 places, le Colosseum du Caesars Palace, est spécialement construite pour Céline.

Après la tournée mondiale «Taking Chances», le couple Angélil-Dion revient sur la Strip en 2011 avec le spectacle, «Céline». La chanteuse prend toutefois une pause d’un an, d’août 2014 à août 2015, pour se consacrer à son mari qui fait face à un nouveau cancer de la gorge.

Joueur passionné et négociateur aguerri, René Angélil a montré qu’il avait plus d’un tour dans son sac comme imprésario, pilotant de main de maître la carrière de sa célèbre épouse. Une carrière, c’est comme une partie de poker; «il faut juste jouer ses cartes comme il faut», a d’ailleurs déjà dit l’homme d’affaires.

Présente depuis son enfance, sa passion pour le jeu avait pu s’assouvir pleinement ces dernières années. En 2007, il sort champion d’un important tournoi de poker au Caesars Palace.

Dans la biographie autorisée «Le maître du jeu», on peut notamment apprendre que le gérant a bénéficié du soutien de ses proches pour contrôler sa propension au jeu. «Oui, je suis un “gambler”, oui, c'est une maladie, oui, j'ai été chanceux et, oui, il faut que je fasse attention aujourd'hui», a-t-il confié.

Autres collaborations

L’imprésario s’associe à Garou en 1999, puis à la jeune chanteuse Marilou, en 2005. Il conseille également les chanteurs en herbe en acceptant la direction de «Star Académie», émission animée par son amie Julie Snyder et diffusée sur le réseau TVA, pour les moutures de 2009 et de 2012.

En 2012, René Angélil renoue avec le septième art (auquel il avait touché à l’époque des Baronets ) en interprétant le parrain de la mafia montréalaise dans «Omertà» du réalisateur Luc Dionne, donnant la réplique à Patrick Huard, Michel Côté et Stéphane Rousseau. Il ne cesse pas pour autant ses activités et achète, avec des investisseurs montréalais, le populaire restaurant Schwartz’s, situé sur le boulevard Saint-Laurent.

À 71 ans, au terme d’une longue et prolifique carrière, René Angélil est décoré de l'Ordre du Canada par le gouverneur général David Johnston, lors d’une cérémonie à la Citadelle de Québec. René est fait membre de l'Ordre, tandis que Céline Dion accède au rang de compagne, puisqu'elle avait reçu le rang d'officière en mai 1998.

Le cancer frappe à nouveau

Au fil des ans, René Angélil connaît quelques ennuis de santé, se remettant d’une crise cardiaque en 1992, puis surmontant un premier cancer de la gorge en 2000.

Le cancer frappe à nouveau en 2013, contraignant René Angélil à subir en décembre de la même année l'ablation d'une tumeur maligne à la gorge, une nouvelle que le public n’apprend que plusieurs semaines plus tard.

On annonce en juin 2014 que René Angélil ne s’occupera plus de la carrière de Céline Dion. Il nomme son ami Aldo Giampaolo chef de la direction et manager associé de Céline Dion. René demeure néanmoins président du conseil d'administration de sa boîte Les Productions Feeling.

Le 12 août 2014, Céline Dion annonce qu'elle suspend toutes ses activités professionnelles pour des raisons familiales et de santé, annulant notamment sa tournée en Asie et ses concerts à Las Vegas. Toute l’année qui suit, la chanteuse prend soin de l’homme de sa vie et de leurs enfants. Au printemps 2015, elle annonce son retour sur scène, qui a lieu le 27 août dernier.

Plus tôt en juin, René Angélil subit de nouveaux traitements à Boston, au Massachusetts, puis rentre à la maison. Il assiste à distance au retour triomphal de sa femme sur scène depuis sa résidence à Las Vegas. Le 10 novembre, le nouvel agent de Céline, Aldo Giampaolo, se montre rassurant en entrevue, affirmant que René prend du mieux et qu’il récupère entouré de sa famille.