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En radiant 75 % de ses actifs

Gaz de schiste: Questerre Energy fait une croix sur le Québec

Michel Morin | Bureau d’enquête

Questerre Energy, l’une des dernières entreprises gazières de Calgary intéressée par l’exploitation des gaz de schiste au Québec, vient de radier de ses livres 29 millions $ ou 75 % de ses actifs dans la province.

Selon les informations confidentielles obtenues par notre Bureau d’enquête, cette décision serait associée à des «perceptions extérieures» d’un «risque politique» et d’un «risque de marché au Québec.»

«Bien que le gouvernement ait mis de l’avant un calendrier pour un nouvel encadrement législatif, il y a un risque que le gouvernement puisse revenir sur ce calendrier», peut-on lire dans le dernier rapport annuel rendu public par la compagnie.

Cette radiation prend une valeur symbolique puisque le PDG de Questerre Energy, Michael Binnion, est aussi président de l’Association pétrolière et gazière du Québec. Cette association fut présidée avant lui par l’ex-premier ministre Lucien Bouchard.

«La perception du risque à l’extérieur du Québec, que ce soit pour les investisseurs, les vérificateurs ou les régulateurs, a augmenté au Québec», a reconnu Michael Binnion dans une entrevue accordée à notre Bureau d’enquête. «On a donc décidé de faire une radiation de nos actifs».

Des précédents

Questerre Energy n’est pas la première entreprise gazière à faire une croix sur le Québec après avoir tenté l’exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.

En 2011, Canbriam Energy avait ouvert la marche en choisissant de concentrer ses activités à l’extérieur du Québec. Le gouvernement de Jean Charest venait tout juste d’imposer un moratoire de trois ans sur le développement de cette industrie.

En octobre 2012, Talisman Energy entreprise albertaine alors partenaire de Questerre Energy, avait également radié 82 millions $ après impôts de ses actifs au Québec et freiné ses investissements au Québec.

En 2015, l’entreprise américaine Lone Pine Ressources a poursuivi pour 119 millions $ US le gouvernement du Canada — responsable de l’application de l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Selon la poursuite, le Québec avait d’abord encouragé «les investissements dans le secteur des hydrocarbures» pour donner par la suite un signal contraire avec l’adoption, en juin 2011, d’une loi limitant les activités pétrolières et gazières dans la province.