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Réfugiés syriens

De chorégraphe actif en danse contemporaine à la déprime

Caroline Lévesque | 24 Heures

Caroline Lévesque / 24 Heures / Agence QMI

Depuis son arrivée à Montréal, Rezan Abdo, un chorégraphe kurde de Syrie, apprend à vivre non sans difficulté avec sa nouvelle réalité, comme un bon nombre de réfugiés syriens arrivés au Canada.

L’homme de 35 ans est passé d’artiste très actif à Damas, à réfugié parmi les quelque 3316 personnes nouvellement installées dans la métropole.

Déployé d’urgence au Canada par l’ONU, M. Abdo vit avec sa famille dans un appartement de l’arrondissement de Ville-Saint-Laurent depuis leur arrivée il y a neuf mois. Autant les traumatismes de guerre que l’expérience migratoire l’ont plongé dans une dépression diagnostiquée, dont il ne voit pas le bout.

«J’ai perdu ma vie. J’avais ma place à Damas et j’aidais les gens», souffle le danseur contemporain touche-à-tout, notamment la scène en danse comme au théâtre.

C’est la vie en Turquie qui l’a épuisé pendant un an et demi. Pour survivre avec sa famille, il a enchaîné les petits travaux mal rémunérés et loin de ses talents, portant notamment des sacs de ciment pour la construction de bâtiments, puis a été engagé dans une usine de textile, à Istanbul. Pendant 15 heures par jour, il boutonnait des milliers de pantalons. «Je ne sentais plus mes doigts», dit-il.

À retardement

Bien que la santé physique des 26 000 réfugiés syriens soit de manière générale relativement bonne, selon l’Agence de la santé publique du Canada, la santé psychologique prend plus de temps à évaluer et les répercussions post-traumatiques peuvent venir à retardement.

Selon une toute récente analyse du gouvernement fédéral sur les premières observations de la santé des réfugiés syriens au pays, «il est probable que des troubles de stress post-traumatique apparaîtront à long terme, à mesure que les réfugiés s'établiront dans leur nouvelle vie et qu'ils seront en mesure de faire face mentalement aux stress de la guerre, du déplacement et de la perte qu'ils ont vécus».

Perturbations

Le CLSC de Côte-des-Neiges, qui s’occupe du Programme régional d'accueil et d'intégration des demandeurs d'asile (PRAIDA) permettant un premier examen médical des réfugiés, indique ne pas encore avoir de données comptabilisées en santé mentale.

«On a recommandé des gens dans des programmes de santé mentale des CLSC parce qu’ils présentaient des perturbations au niveau de leurs fonctions», indique Amélie Bombardier, travailleuse sociale pour le programme. Elle accueille les réfugiés syriens à l'hôpital Royal-Victoria, désormais fermé et utilisé pour le triage psychosocial des nouveaux arrivants.

«Ce qu’on trouve davantage, ce sont des gens qui ont des difficultés à faire face à des défis d’adaptation, ajoute-t-elle. Des personnes actives dans leur pays, qui arrivent et sont confrontées aux délais, notamment administratifs, en plus de la barrière de la langue. Ils sont prêts à commencer leur vie ici, mais ils vivent des délais, et cela n’est pas toujours facile.»

Marie Moucadem est secrétaire médicale pour un neurologue à la clinique Bois-de-Boulogne et bien implantée dans la communauté syrienne montréalaise depuis 20 ans. Elle voit une personne minimum par semaine provenant de la Syrie entrer dans la clinique.

«Pour n’importe quelle chose, ils paniquent, témoigne-t-elle. Chez eux, les psychiatres, c’est très honteux. Avec leur nouvelle réalité, ils sont désorientés et ne comprennent pas immédiatement qui les aiment et qui les attaquent.»

Symptômes

En arrivant à Montréal, Rezan Abdo était épuisé. Ne parlant ni français ni anglais, déprimé, avec de gros maux de tête, un trouble du sommeil, des tics nerveux, il a eu des pensées suicidaires. C’est Marie Moucadem qui l’a amené d’urgence à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, au pavillon Albert-Prévost. Lorsqu’il a vu la chambre, vide et désincarnée, il n’a pas voulu y rester. «Je crois que je serais devenu plus fou», dit-il.

Depuis son parcours migratoire, il ne danse plus ni ne réalise des activités artistiques. «J’ai un gros manque de concentration, ajoute-t-il. J’apprends le français, je suis motivé, mais c’est dur. Et, je veux du travail.»

Malgré sa colère envers cette nouvelle réalité qui le dépasse, il croit, au fond de lui, au retour de sa créativité et son imagination et surtout, de son enthousiasme pour la vie. Lorsqu’il ira mieux, l’homme veut écrire une pièce de théâtre inspirée de la vie artistique à Damas.

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