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Agrile du frêne

Le tiers des arbres du mont Royal en danger

Améli Pineda | Agence QMI

PHOTO AMÉLI PINEDA/24 HEURES/AGENCE QMI

Il est minuit moins une pour éviter des coupes massives sur le mont Royal où près du tiers des arbres pourraient disparaitre à cause de l’agrile du frêne, préviennent des experts qui pressent Montréal de trouver une stratégie.

Alors que le mont Royal est considéré comme le poumon de la métropole, jusqu’à 30 000 arbres seraient condamnés à être ravagés.

Selon des spécialistes, il est trop tard pour freiner l’épidémie causée par cet insecte dévastateur qui menace tous les frênes de la métropole.

«C’est inévitable, les frênes vont être infestés, ça prendrait trop d’efforts pour réussir à tous les protéger», dit Tim Work, du Laboratoire d’écologie des insectes de l’UQAM.

Pas de plan pour le mont Royal

Presque deux ans après la tenue du Sommet sur l’agrile du frêne, la Ville n’a toujours pas présenté de plan d’action pour les frênes du mont Royal.

Actuellement, la Ville applique la stratégie élaborée pour les arbres situés dans les rues et injecte un pesticide à ceux qui sont situés près de foyers d’infestation.

S’il est trop tard pour sauver les arbres, il est urgent de se doter d’une stratégie pour éviter un abattage massif.

«Il y a des injections sur certains arbres, mais je ne suis pas très optimiste quant au nombre qu’on pourra protéger. La priorité doit être de trouver une façon de ralentir les pertes pour éviter de couper tous les arbres en même temps et se laisse le temps de planter de nouvelles espèces», souligne Daniel Kneeshaw, professeur au département de sciences biologiques de l’UQAM.

Près de la maison Smith et du lac aux Castors ainsi qu’au sommet de la montagne, où les frênes sont dominants, plusieurs arbres sont marqués d’un cercle rouge, signe qu’ils ont subi un traitement.

L’Université de Montréal a coupé au moins 400 arbres en 2015 sur son campus situé sur la montagne en raison de l’agrile du frêne.

La Ville de Montréal n’a pas souhaité commenter, car le bilan des coupes liées à l’agrile du frêne, ainsi que la stratégie pour les prochaines années, feront l’objet d’une annonce.

Impacts inquiétants

Les conséquences d’une perte massive sont inquiétantes avouent les deux experts.

«Le mont Royal c’est le poumon de Montréal, son couvert végétal est essentiel. Il nous permet de lutter contre les îlots de chaleur, d’agir comme nettoyant de l’air. Ce sont des pertes qui peuvent avoir des impacts considérables», mentionne l’expert Tim Work.

Pour Les amis de la montagne, on ne peut plus attendre une année de se doter d’un plan d’action spécifique à la montagne.

D’autant plus, dit l’organisme, dont la mission est de protéger et préserver le mont Royal, que la montagne compose déjà avec d’importantes perturbations causées par l’activité humaine.

«Chaque arbre perdu augmentera la quantité de lumière et ça laisse des mauvaises herbes pousser, comme le Neprun, un arbuste exotique envahissant», prévient Éric Richard, directeur de l’éducation et de la conservation chez Les amis de la montagne.

Agrile du frêne: Montréal coupera tous ses petits arbres

Montréal coupera tous ses petits arbres ravagés par l’agrile du frêne puisqu’elle s’est rendu compte qu’il est inutile de les traiter.

Alors que le parasite venu d'Asie ne cesse de gagner du terrain, la Ville vient de faire passer le diamètre requis pour l’abattage de ces arbres de 10 cm à 15 cm.

Dorénavant, lorsque les arbres de moins de 15 cm se trouveront dans une zone infestée, aucun traitement ne leur sera donné.

«On s’est rendu compte les traitements au TreeAzin, qui est le seul pesticide contre l’agrile, ne sont pas efficaces sur des arbres de moins de 15 cm. Ça ne les sauve pas et on ne veut pas faire souffrir les arbres», explique Réal Ménard, responsable de l’environnement au comité exécutif de la Ville.

D’après Montréal, il sera plus rentable de planter un nouvel arbre d’une autre espèce que de traiter un arbre de ce diamètre.

Selon M. Ménard, ce changement ne veut pas nécessairement dire qu’il y aura plus d’arbres à couper.

«On ne peut pas dire qu’il y aura davantage d’arbres abattus, ce qu’on sait et que la science nous dit, c’est qu’il n’est pas utile de les traiter», souligne-t-il.

En 2015, la Ville prévoyait couper 3300 arbres. Elle devrait dresser le bilan des coupes d’ici le début du mois d’avril.

Pour Daniel Kneeshaw, professeur en sciences biologiques à l’UQAM, il faut au contraire envisager davantage de coupes d’arbres dans l’année à venir.

«C’est une stratégie que j’avais moi-même soulevée, parce qu’il est plus facile de remplacer de petits frênes et que de toute façon en les traitants on ne fait que les abîmer», souligne-t-il.

Il mentionne que l’épidémie est trop répandue et qu’il vaut mieux concentrer les efforts pour tenter de sauver les grands arbres, dont les effets sur les îlots de chaleur et l’environnement sont plus importants.

«Aucun arbre de moins de 15 cm ne pourra survivre à des traitements tous les deux ans. Leur diamètre est trop petit pour le nombre de trous qui seront percés pour leur injecter le pesticide», fait savoir M. Kneeshaw.

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