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Méfiants après une attaque

Les francs-maçons ouvrent les portes du temple

Caroline Lévesque | 24 Heures

Même s’ils n’aiment pas être sous les projecteurs, les francs-maçons ont accepté d’ouvrir les portes du temple maçonnique de Montréal au «24 Heures».

Geneviève Guay, adjointe administrative de la Grande Loge du Québec, en a vu de toutes les couleurs. Elle a reçu des lettres et des courriels faisant état de multiples théories du complot: conspirations au sujet d’une gouvernance mondiale, épandage de «chemtrails» dans l'atmosphère, puces électroniques sous de la peau de ses membres, liens avec les Illuminati. C'est sans compter les menaces.

L’an dernier, Mme Guay et l’ancien grand-maître du Québec ont été attaqués violemment par un individu en délire psychotique. L’homme s’était immiscé dans l’immeuble patrimonial du 1850, rue Sherbrooke Ouest.

Depuis, les membres sont plus réticents à s’afficher publiquement francs-maçons et l’organisation a renforcé sa discrétion.

Malgré un sentiment d’insécurité chez les membres, on ouvrira les portes au public dans le cadre d’une visite guidée, bien sécurisée, le 30 avril.

«Ce halo de secret, qui n’en est pas un, attire les gens croyants qu’il y a un complot maçonnique. C’est une invention de toute pièce. Il ne faudrait pas nourrir la paranoïa», a indiqué le grand secrétaire des francs-maçons du Québec, Pierre Phaneuf, dans son bureau du temple construit en 1929.

Culture du secret

D’où vient cette culture du secret qui plane et pourquoi avoir peur de s’afficher, pour certains? «Parce qu’ils sont stigmatisés», a affirmé Geneviève Guay, qui baigne depuis l’enfance dans la franc-maçonnerie. Elle est la fille de Richard Guay, conseiller associé au comité exécutif de la Ville de Montréal et ouvertement franc-maçon.

«Si un politicien ou un chanteur s’affiche, tout de suite, les gens vont chercher des messages et se dire qu’il contrôle, a poursuivi Mme Guay. Mais, les francs-maçons ne contrôlent pas le monde. Il y a eu beaucoup de gens célèbres, comme des politiciens, tout simplement parce qu’avant, c’était l’élite qui en faisait partie.»

Cette stigmatisation vient du fait que le groupe a été longtemps un ennemi de la foi catholique. Le Vatican a excommunié les francs-maçons de l’Église.

«Il y a eu des chicanes et des conflits, a relaté Pierre Phaneuf. La religion catholique s’est sentie brimée, car elle ne pouvait pas savoir ce qui se passait dans l’organisation, alors c’était méchant, mauvais, et en conséquence, ça a été condamné.»

Deux sujets sont proscrits pendant une réunion: la politique et la religion.

«On a trouvé que ce sont deux sujets qui divisent», a ajouté le grand secrétaire. Lectures philosophiques et discussions sur des questions liées à la morale font partie des rencontres.

Pas une secte

Selon Jacques G. Ruelland, historien et philosophe franc-maçon, ce qui différencie l’organisation dont il fait partie d’une secte, c’est qu’il n’y a pas de dogme pour lequel adhérer. Aussi, tout le monde peut la quitter. Mais, pourquoi avoir un grand-maître? «Il est plus un administrateur qu’un gourou, a-t-il expliqué. Tout ce qu’il peut faire, ce sont des recommandations au sein du c.a.. La plupart des cérémonies, même si elles ne sont pas publiques, sont connues. Il y a des tas de livres qui décrivent à peu près tout ce qu’on fait en loge.»

Aussi, on ne recrute pas. «Ce sont les gens qui viennent à nous, a mentionné M. Ruelland. Les jeunes et moins jeunes cherchent à donner un sens à leur vie qui ne soit pas religieux, ni une secte ou un club social. Le mouvement de la franc-maçonnerie est une bonne alternative à cela et permet de contribuer à édifier une meilleure société cultivant des valeurs comme la tolérance, le respect mutuel, l’écoute et la bienfaisance.»

D’ailleurs, les francs-maçons drainent des millions de dollars par année en oeuvre de charité, notamment par les Schriners, activités-bénéfices et cotisation des membres.

Actuellement, Philippins, Grecs, Français, Maghrébins, de toutes les confessions religieuses, croyances, sphères sociales, anglophones comme francophones, se retrouvent dans cette association. Plombiers, cuisiniers, militaires, avocats, artistes, entrepreneurs forment désormais les 4200 membres au Québec, répartis en loges mixtes ou non.