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Vente du quincailler RONA

Robert Dutton règle ses comptes avec Jacques Daoust

Carl Renaud | Argent

Robert Dutton, l’ex-président et chef de la direction de RONA, croit que le ministre Jacques Daoust a ouvert la porte à la vente du fleuron québécois, en permettant la liquidation de la participation d’Investissement Québec (IQ) dans l’actionnariat du quincailler.

L’homme d’affaires l’a affirmé dans le cadre d’entrevues accordées à TVA Nouvelles et Cogeco, vendredi, au cours desquelles, il écorche aussi la Caisse de dépôt.

Le ministre des Transports soutient ces jours-ci qu’il n’a pas autorisé la vente des actions du quincailler lorsqu’il était ministre de l’Économie et responsable d’Investissement Québec. Pourtant, la Vérificatrice générale Guylaine Leclerc prétend le contraire. Dans un rapport rendu public cette semaine, elle indique que M. Daoust a autorisé IQ à vendre les actions qu'elle détenait dans RONA, en décembre 2014.

L’ex-patron de RONA dit avoir discuté avec Jacques Daoust à deux reprises, après que Lowe’s ait déposé sa première offre d’achat, à l’été 2012. Le détaillant avait mis 1,76 milliard $ sur la table pour acquérir la chaîne québécoise. À l’époque, Jacques Daoust n’avait pas fait le saut en politique. Mais il était président d’Investissement Québec.

«La dernière fois, je me suis présenté dans une salle de réunion. Il m’a dit qu’il ne voulait rien savoir de RONA ! Que lui allait perdre son emploi parce que M. Charest avait déclenché les élections et qu’il était certain que le Parti québécois les remporterait. Le dossier de RONA n’était pas important pour lui. Ce qui était important, c’était son avenir. Il avait acheté un vignoble qu’il voulait rénover. Il m’a même dit des choses comme : ça va me prendre des bons prix chez RONA», a affirmé Robert Dutton.

Avant le déclenchement des élections, Jacques Daoust avait obtenu le mandat de protéger le siège social de RONA et de trouver des actionnaires positifs au plan d’affaires de RONA. Le ministre du Développement économique de l’époque, Raymond Bachand, avait même exprimé que tous les moyens seraient pris pour empêcher une transaction.

En entrevue, Robert Dutton a expliqué qu’Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds de solidarité FTQ et les marchands RONA ont détenu conjointement environ 42% des actions du détaillant, après la première offre de Lowe’s. En 2012, les trois institutions financières ont acquis des actions ou haussé leur participation dans l’actionnariat de RONA.

«Le groupe de quatre actionnaires avait plus de 40% des actions, une minorité de blocage. C’est très rare qu’un acquéreur va acheter seulement 60% d’une compagnie parce qu’il va être obligé de la laisser en Bourse», a expliqué Robert Dutton. L’ancien dirigeant estime que Jacques Daoust a ouvert la porte à la vente de l’entreprise en permettant à IQ de liquider sa position.

Lowe’s est finalement parvenu à mettre la main sur RONA en février dernier, en déposant une offre d’achat de 3,2 milliards $. Rappelons que le conseil d’administration de l’entreprise a recommandé aux actionnaires d’approuver la transaction. La Caisse de dépôt a d’ailleurs annoncé publiquement qu’elle ne s’objecterait pas à la transaction.

«La Caisse de dépôt ne croyait pas au plan d’affaire de RONA et elle voulait vendre RONA (en 2012). À mon avis, la Caisse a fait changer la donne et elle a convaincu Jacques Daoust de ne pas s’en occuper», a conclu Robert Dutton.

L'attachée de presse de Jacques Daoust a commenté les propos du ministre concernant la rénovation de son vignoble. Elle a dit à TVA Nouvelles que M. Daoust a le sens de l'humour et que ses déclarations ne doivent pas toujours être prises au premier degré.

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