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L’économiste Jeff Rubbin se prononce

L’Oléoduc Énergie Est ne doit pas être construit

Carl Renaud | Argent

Agence QMI

L’ex-économiste en chef de la Banque CIBC, Jeff Rubin, soutient que l’Oléoduc Énergie Est ne doit pas être construit. M. Rubbin, aujourd’hui auteur et conférencier, estime que le projet de TransCanada n’est pas viable économiquement.

L’économiste s’est prononcé sur le sujet dans le cadre d’une entrevue accordée à Argent. Demain, il présentera une allocution sur l’avenir des sables bitumineux, à Montréal, à l’invitation de la Fondation David Suzuki.

«Je ne pense pas que l’Oléoduc Énergie Est est la voie à emprunter. Le projet ne fait aucun sens au plan économique. La plupart des projets qui devaient servir à approvisionner l’oléoduc ont été suspendus en raison de la baisse du cours du pétrole», a dit Jeff Rubin, précisant qu’un prix plus élevé pourrait être obtenu en vendant le pétrole de l’ouest aux États-Unis.

En entrevue, Jeff Rubbin a soutenu que TransCanada aura de la difficulté à obtenir le financement nécessaire à la construction de l’oléoduc de 4 500 kilomètres –le projet est évalué à près de 16 milliards $-, même si l’entreprise obtient les autorisations réglementaires. Selon lui, le cours du pétrole est trop faible pour justifier un tel projet.

«Plusieurs projets dans les sables bitumineux ne pourront être réalisés parce que leur coût de production est supérieur à la valeur du pétrole sur le marché. N’oubliez pas que la remonté récente est principalement liée aux arrêts de production dans l’Ouest, provoqués par les feux de forêt», a expliqué Jeff Rubin, rappelant que la production canadienne de pétrole a diminué de 1,5 millions de barils par jour.

Depuis un mois, le cours du pétrole a grimpé de 16% sur le marché new-yorkais, où il a clôturé à un sommet annuel, ce mardi, à 50,36$ US le baril. Sur une période de 12 mois, le prix du pétrole transigé à New York demeure cependant en baisse de 20%.

L’avenir des sables bitumineux

Celui qui a déjà prédit que le cours du pétrole atteindrait 200$ US –à l’époque, le baril s’échangeait à 145$ US et la croissance mondiale était supérieure à 5% par année avant la crise financière-, ne voit pas le pétrole progresser vigoureusement à court terme. Dans ce contexte, il croit que l’Alberta devrait diversifier son économie et trouver de nouveaux produits à exporter.

«Je pense que nous assistons au coucher de soleil de cette industrie. Il n’y aura pas de hausse de la production dans le futur car seuls les projets établis, qui ont de bas coûts de production, peuvent avoir du succès dans le contexte actuel», a analysé Jeff Rubin.

L’ancien économiste vedette de la CIBC a indiqué que nous sommes à l’ère du pétrole aux environs de 40$ alors que les nouveaux projets ont des coûts de production de plus de 65$ US le baril.

«Avec les changements climatiques et l’établissement de cibles de réduction des émissions de carbone, il est évident que la demande mondiale et la production mondiale vont diminuer. C’est mathématique», a conclu M. Rubin.