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Produits phytosanitaires

Transaction Monsanto-Bayer: les agriculteurs québécois inquiets

Martine Turenne | Argent

 - Agence QMI

La fusion entre Bayer et Monsanto créé non pas un géant, mais un véritable mastodonte, et cela inquiète l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA).

«Une telle concentration ne fait jamais baisser les prix, bien au contraire», a dit Charles-Félix Ross, le directeur-général de l’UPA. C’est un principe de base en économie lorsque la demande est forte, et le nombre de fournisseur devient limité. C’est préoccupant pour les agriculteurs, mais aussi pour les consommateurs.»

Les oligopoles tendent toujours à augmenter leur prix, dit de son côté Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté de management de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse. Il croit par ailleurs que les agriculteurs perdront un fournisseur de qualité.

«Les agriculteurs étaient satisfaits et très bien desservis par Monsanto», a-t-il dit, malgré leur réputation diabolique, dont la compagnie de Saint-Louis n’arrivait pas à se défaire. «Elle en était bien consciente, et cette fusion était inévitable», a-t-il souligné.

Selon Sylvain Charlebois, la morosité actuelle dans le milieu agricole freinera la hausse des prix, du moins à court terme. «On est dans un creux et les revenus des producteurs sont en baisse», a-t-il mentionné.

Les Bayer, DowDuPont ou Syngenta se garderont donc une petite gène, dit-il, car ils doivent vendre aux agriculteurs. «Ils ne peuvent pas trop augmenter les prix, a-t-il ajouté. Mais ça changera dès que le cycle partira en hausse.»

À La Coop fédérée, on estime qu’il est encore «trop tôt pour mesurer l’impact des récentes annonces des fournisseurs». Sébastien Léveillé, vice-président exécutif Division agricole, croit cependant que les «les prix ne devraient pas être tirés vers le haut».

Bayer déjà très présent au Québec

Si la présence de Monsanto dans nos champs est bien connue (l’herbicide RoundUp est l’un des plus utilisés au Québec, sans parler de ses semences), les activités agricoles de Bayer le sont beaucoup moins. Pourtant, le chimiste allemand vend une soixantaine de produits phytosanitaires au pays, -des herbicides, fongicides, insecticides, etc. - ainsi que des semences (les produits InVigor ou Bayer SeedGrowth).

Par ailleurs, Bayer, une entreprise très diversifiée, est aussi très présente dans les élevages, avec sa large gamme de soins pour les animaux.

Vague de concentration mondiale

Avant cette fusion, Bayer détenait 20% des parts de marchés mondiaux des produits phytosanitaires et Monsanto, 9%, selon Morgan Stanley. Monsanto était cependant leader dans les semences. Avec la fusion, la nouvelle entité devient de facto le nouveau numéro un mondial tant des semences que des pesticides.

En décembre, la mégafusion de 130 milliards $ entre Dow Chemical et DuPont a créé un autre géant de l'agrochimie, DowDupont. Il détient 17% du marché des produits phytosanitaires.

«On est dans une vague mondiale de concentration des grandes entreprises qui évoluent en amont de l’agriculture, a dit Charles-Félix Ross. L’UPA n’est pas contre le fait que deux entreprises fusionnent. Mais on est d’abord pour la diversité dans le monde agricole. C’est fondamental pour la sécurité alimentaire. Si seulement quelques joueurs contrôlent tout ça, à quel prix va-t-on payer nos produits? Et qui pourra encore faire de la recherche et du développement en agriculture?»

Rappelons que Bayer a acheté Monsanto 66 milliards $ US en argent liquide.

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