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La libéralisation écartée

Avortement: le Parlement polonais se penche sur l'interdiction totale

Agence France-Presse

Le Parlement conservateur polonais a décidé vendredi de poursuivre les travaux sur une proposition de loi interdisant totalement l'avortement et a écarté celle destinée à libéraliser la loi actuelle, une des plus restrictives en Europe.

La proposition d'initiative citoyenne déposée par le comité «Stop Avortement», bannissant complètement l'avortement, à une exception extrême près - lorsque la vie de la femme enceinte est en danger immédiat - a été envoyée à la Commission de la Justice et des Droits de l'Homme, par le vote d'une forte majorité des députés.

«Elle risque d'y rester longtemps», a estimé le président de l'agence catholique KAI Marcin Przeciszewski dans une déclaration à l'AFP. «Et quand elle en sortira, elle sera probablement allégée du paragraphe prévoyant de punir les femmes» qui avortent.

La version actuelle prévoit une peine de prison pouvant atteindre cinq ans tant pour les médecins et autres personnes participant à l'IVG, que pour les patientes elles-mêmes, mais autorise le juge à renoncer à punir ces dernières.

Les évêques polonais, qui appuient le principe général d'interdiction, se sont également prononcés contre une sanction pénale contre les femmes ayant subi l'IVG.

Le texte «Sauvons les femmes» autorisant l'IVG sans conditions jusqu'à la 12e semaine de la grossesse a été définitivement rejeté en première lecture.

L'actuelle loi en vigueur, une des plus restrictives dans l'Union européenne, autorise l'avortement dans trois cas : risque pour la vie ou la santé de la mère, examen prénatal indiquant une grave pathologie irréversible chez l'embryon et grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste.

Pour pouvoir déposer leur proposition de loi devant le Parlement en tant qu'initiative citoyenne, les opposants à l'avortement avaient recueilli près d'un demi-million de signatures - alors que 100 000 auraient suffi. Les promoteurs de l'autre projet ont déclaré en avoir réuni environ 215 000.

Les députés se sont également prononcés vendredi pour le renvoi en commission d'une proposition de loi présentée par un groupe de députés qui vise à limiter strictement la pratique de la fécondation in vitro.

Ce projet interdit notamment la congélation des embryons, considérés par ses promoteurs comme des êtres humains dès la pénétration du spermatozoïde dans l'ovule, avant même son implantation dans l'utérus. Il impose aussi qu'un seul ovule soit fécondé à la fois, ce qui réduirait considérablement les chances de succès du procédé.

Moins de 2000 avortements légaux sont pratiqués chaque année en Pologne. Le nombre des IVG clandestines ou pratiquées à l'étranger reste inconnu. Les organisations de défense des droits des femmes le situent à entre 100 000 et 150 000, des chiffres que réfutent les militants opposés à l'avortement.

Quant à la fécondation in vitro, la décision des parlementaires a été critiquée par l'ancienne première ministre centriste Ewa Kopacz. «C'est une triste nouvelle pour les deux millions de Polonais touchés par la stérilité, considérée par l'Organisation mondiale de la santé comme une maladie de civilisation», a-t-elle dit, estimant que la future loi «causera la mort de la méthode in vitro en Pologne».

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