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Congrès du Conseil québécois du commerce de détail

La «prochaine frontière» sera celle des petits commerces

Martine Turenne | Argent

GEN-INTERDICTION-SACS-PLASTIQUE

MARIE CHRISTINE TROTTIER/24 HEURES/AGENCE QMI

Après la révolution du commerce électronique, qui a profondément bouleversé le commerce de détail, nous voici dans l’ère des petits commerces, qui seront presque des salles d’exposition, avance Jacques Nantel, professeur émérite à HEC-Montréal.

Il présente mercredi matin, dans le cadre du congrès du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), sa conférence «Qu’y a-t-il après le ecommerce ?»

Et ce qu’il y a, c’est une multitude de magasins plus petits, qui vont redéfinir la logistique du commerce de détail, la gestion des inventaires et surtout, leur réduction. «Ces commerces n’auront pas à avoir en stock tous les produits, mais plutôt des échantillons que le client regarde, touche et essaie. Le commerçant promet de livrer la commande dans les 24 heures.» C’est le concept de salle d’exposition.

Plus petits locaux, plus petits inventaires, égalent des coûts de loyers moindres. «Le détaillant peut exploiter un entrepôt, dans une zone industrielle, beaucoup moins cher au pied carré, où il stocke tous ses produits.»

Jacques Nantel était dans la région de Washington récemment et il a vu cette «nouvelle frontière» se déployer : «il y avait un centre commercial d’environ 300 000 pieds carrés. Au lieu d’avoir 30 magasins de 10 000 pieds carrés, comme on aurait vu avant, il y en avait une centaine de 3000 pieds carrés.»

Une formule hybride, car tous ces commerces doivent aussi avoir un volet électronique bien développé. L’ère est à la complémentarité.

Les «power center» à risque

Avec cette nouvelle frontière, ce sont les «power center» qui sont à risque, dit Jacques Nantel. «Ces magasins ont eu du succès avec la promesse suivante : déplacez-vous de 8 km en voiture, et vous aurez tous les produits à bons prix. Aujourd’hui, le commerce électronique fait la même promesse, et il peut livrer. Plus besoin de se déplacer. »

Bonne nouvelle pour les artères commerciales, croit Jacques Nantel, où il sera agréable de déambuler et de flâner, et où ses achats seront livrés ultérieurement. Car le ecommerce ne tuera pas le plaisir de magasiner, dit-il. «L’être humain ne finira pas ses jours dans un sous-sol. Il veut sortir, voir, parler avec des gens, mais vivre des expériences intéressantes. Ce que les power center ne sont pas. »

Cela dit, ces artères commerciales doivent être bien gérées et bien aménagées si elles veulent profiter de la «nouvelle frontière». «En ce moment, la rue Wellington, à Verdun, est un exemple de réussite», dit Jacques Nantel.

Un nouvel outil pour les détaillants

Par ailleurs, une toute nouvelle plateforme d’étalonnage du commerce de détail est disponible sur le marché. Elle permet aux détaillants canadiens de suivre chaque semaine l’évolution de leurs ventes et sera présentée lors de l’événement annuel du CQCD, qui débute ce matin.

«L’outil existait déjà, mais il a été amélioré», dit Marie-Claude Frigon, associée du groupe de commerce de détail, chez Richter.

C’est ce cabinet de services-conseils financiers qui l’a mis au point avec Dev-ID, des experts en ventes et en intégration de données et de tableaux de bord. Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) collabore au projet.

La collecte de données se fait depuis une douzaine d’années, dit Mme Frigon. «On appelait les détaillants les lundis matins, leur demandait quelles avaient été leurs ventes, puis on faisait les comparatifs. C’est très utile pour le commerçant : s’il a une baisse de ventes comparables de 5 %, ce n’est pas bon, mais si l’ensemble du marché a baissé de 20%, ce n’est pas si mal pour lui.»

La nouvelle plateforme va plus loin. «Elle permet maintenant un accès facile et rapide aux ventes cumulatives et hebdomadaires du secteur, dit Marie-Claude Frigon. Les détaillants peuvent ainsi comparer leur performance à celle de leurs compétiteurs.»

Le compte personnalisé permet de consulter l’historique des données et des résultats des sondages, et de comparer leurs résultats par code du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN).