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Transferts en santé

Barrette accuse Trudeau d'agir par calcul politique

Régys Caron | Agence QMI

Gaétan Barrette accuse le gouvernement Trudeau de refuser de maintenir le financement fédéral en santé vers les provinces par calcul politique.

«On dit aux citoyens du Québec et du Canada, pour qu'on mette de l'argent en santé mentale, il faut qu'il y ait un gain politique», a dénoncé le ministre de la Santé du Québec, mercredi matin à l'occasion d'une mêlée de presse à l'Assemblée nationale. Québec a besoin de développer, de toute urgence, deux nouveaux secteurs : la santé mentale et les soins à domicile, a précisé M. Barrette.

Le ministre de la Santé a rappelé que l'argent promis par les libéraux fédéraux, dont 3 milliards $ en soins à domicile, se fait toujours attendre, en plus d'être insuffisant.

«Le maintien à domicile c'est une affaire de 5,5 milliards $, il faut investir 600 $ de plus per capita, on nous en offre 14 $. La santé mentale, c'est une affaire de 450 millions $», a déploré le ministre de la Santé.

M. Barrette a indiqué que sa collègue fédérale, Jane Philpott, a avoué derrière des portes closes qu'elle ne parvenait pas à convaincre le premier ministre Justin Trudeau et son ministre des Finances Bill Morneau de la nécessité de verser l'argent au plus tôt.

«Mme Philpott nous dit aidez-moi à vous aider. Elle nous a dit, quand je vais aux bureaux de M. Morneau et de M. Trudeau, ces gens-là ne voient pas l'intérêt politique, spécifiquement en santé mentale. On l'a eu cette conversation-là, nous étions là, tous les ministres de la Santé. On nous demande de l'aider à convaincre MM. Trudeau et Morneau du bien-fondé politique d'investir en santé mentale», a fulminé Gaétan Barrette.

De même, la décision de ramener de 6% à 3% la croissance des transferts en santé provenant du fédéral signifie une réduction des services de santé. «À 3%, selon des analystes externes, c'est un déclin programmé des soins de santé», a poursuivi le ministre.

Un bémol

Le premier ministre Philippe Couillard est venu mettre un bémol sur les accusations de son ministre de la Santé. «Nous avons une bonne relation avec le gouvernement fédéral. Nous avons des points de désaccord, dont celui sur la santé (...) On veut tous que les patients aient de meilleurs soins. Une chose est claire nous n'accepterons jamais qu'il y ait des conditions. C'est un gain que nous avons fait en 2004 avec le fédéralisme asymétrique, en vertu duquel nous déterminons nous-mêmes comment dépenser l'argent», a dit M. Couillard.

À Ottawa, Jane Philpott a répété que le gouvernement Trudeau ne versera pas d'argent sans poser de conditions. «Le défi, c'est que je ne peux demander au ministre des Finances d'écrire un chèque en blanc. S'il ne sait pas où cet argent ira, comment puis-je lui demander un accès accru aux ressources», a demandé la ministre fédérale.

Pour sa part, le chef du Parti québécois Jean-François Lisée a reproché aux libéraux fédéraux de retrouver leurs vieux réflexes centralisateurs. «Le vieux Parti libéral du Canada est en train d’apparaître à travers l’image de renouveau que Justin Trudeau donne. Derrière le selfie, il y a la volonté libérale de Pierre Trudeau, de Jean Chrétien, de décider de ce qui se passe dans les provinces en santé, de mettre des conditions, de dire ‘nous savons mieux que le Québec comment gérer la santé. Nous allons vous dire quoi faire. Et puis on va vous donner moins d’argent avec plus de conditions’», a dénoncé M. Lisée.

- avec la collaboration de Dominique La Haye

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